Vendanges et Immortalité

Vendanges et Immortalité : Chapitre III

Charlie a changé de vocation, d’assistant de juge il est devenu vigneron, mais il a un secret.

Étrangement, alors qu’Ariane était une victime, elle eut honte. Elle réalisa avec angoisse qu’il aurait pu la tuer. Elle était révoltée et porta plainte. Il revint, s’excusa, pleura, se mit même à genoux et lui offrir une gerbe de roses rouges magnifique, il prétendit qu’il avait essayé de se suicider quand il l’avait vue allongée sur le sol. Elle crut une fois de plus à ses mensonges. Après une accalmie d’une semaine, il recommença. Cette fois, dans un accès de rage il la fit passer par-dessus le balcon. Heureusement, ils habitaient au premier et elle s’en tira avec une cheville cassée et des contusions multiples qui n’étaient pas toutes dues à sa chute.

Elle fut convoquée chez le juge et il fut condamné. Quelque temps plus tard, il sortit. Il n’avait plus le droit de l’approcher ce qu’il se garda bien de faire pendant trois semaines, mais ce qui ne l’empêchait pas de la harceler par téléphone. Elle bloqua ses appels, ainsi il commença à la suivre. Il l’agressa en pleine rue, alors qu’elle était seule, et donc sans témoins. Elle vivait dans la terreur jusqu’au jour où ce ne fut plus possible.

Elle avait été approchée par une association d’aide aux victimes de violences conjugales et s’était fait une amie ; Rhéa. Celle-ci disparut un jour sans laisser de trace avec ses deux enfants. Ariane trouva dans sa boite aux lettres un mot qui donnait un numéro de téléphone et ses quelques lignes.

« Chère amie, il faut partir, pour nous il n’y a pas d’espoir, sinon un jour il finira par te tuer ».

Le mot n‘était pas signé, mais Ariane comprit qu’il s’agissait de Rhéa. Elle appela. On lui donna des instructions pour se rendre au chalet discrètement. Elle était au bord du trottoir comme si elle attendait pour traverser la rue quand une voiture s‘arrêta à sa hauteur. Elle monta et l’auto démarra aussitôt. On la déposa à un arrêt de bus avec une adresse. Elle parvint enfin au chalet « les Hyades ».

Dino commença sa journée sans se soucier de ce qui s’était passé la veille. Silé n’avait pas réapparu ce qui n’était pas inhabituel de sa part, car en fait, c’était surtout le soir que les deux amis se retrouvaient autour de la petite table installée au milieu des vignes. La journée s’annonçait très belle, le soleil du matin enchantait de lumière les pampres dorés. Septembre commençait joliment, ocrant les feuillages des chênes qui entouraient de leurs présences protectrices la vigne chargée de fruits. Cette vision réjouissait Dino. Il respirait largement comme si sa poitrine s’était agrandie sous l’effet de cet air si pur. Il sentit soudain sa chemise craquer dans son dos. Il sursauta, en soupirant il fit le constat qu’il avait grossi depuis quelque temps alors qu’il n’avait vraiment pas l’impression de plus se nourrir. Le vin était sa passion et il la partageait avec Silé qui malgré son âge tenait très bien l’alcool. Ils avaient la sagesse, si l’on peut dire, de s’enivrer tous les deux régulièrement à l’écart du monde et en pleine nature. Heureusement, ils avaient le vin joyeux. La mère de Dino qui se promenait souvent le soir dans la propriété, les voyait parfois le soir, mais ne semblait pas s’en inquiéter, au contraire, elle souriait ravie de voir ce fils qui chantait et parfois dansait comme un fou au milieu des vignes.

Dino s’approcha du pin qui avait poussé en marge de son terrain et dont quelques branches s’étaient laissé envahir par un lierre grimpeur qui s’entortillait le long de ses tiges. Il ramassa un rameau tombé à terre qui comportait à son extrémité une pomme de pin. Il leva son bâton improvisé enroulé de lierre devant ses yeux et il n’aurait pas su dire pourquoi, mais cela lui procura une grande satisfaction. Il entendit des pas et se retourna.

C’était Ariane. Elle était seule.

- Je voulais vous remercier pour votre accueil. On m’a donné de nouveaux papiers, un peu d’argent et je vais pouvoir partir. Tout cela, je sais que je vous le dois.

- Vous savez que vous pouvez rester encore un peu, si cela vous gêne, vous pouvez vous occuper des ruches avec les autres. Vous pouvez aussi tresser des couronnes de fleurs, elles sont vendues avec le miel récolté. Au marché le mardi, elles ont beaucoup de succès.

Il partit d’un rire énorme et contagieux. Elle sourit.

- Merci je vais rester encore un peu, j’ai besoin de me reposer.

Dino fut content de sa décision et comprit qu’il n’aimerait pas le jour où il faudrait qu’elle s’en aille. Ariane remarqua la chemise de Dino qui s’était fendue dans son dos. Dino murmura un peu confus, que cela venait d’arriver et que cette vieille chemise allait devoir être de nouveau réparée. Ariane lui proposa de la recoudre. Dino encore plus confus accepta. Il se retrouva à moitié nu devant elle. Elle se saisit de la chemise et partit presque en courant vers le chalet. Dino resta seul, son drôle de bâton de lierre à la main. Il rentra à la ferme et croisa son reflet dans le miroir. Il s’arrêta. Il avait grossi, prit de belles joues rondes et ses cheveux noirs et frisés lui faisaient une épaisse tignasse hirsute. Ses yeux brillants surmontés de gros sourcils lui jetèrent un regard narquois.

Sa mère qui trainait dans les parages, apparut soudain derrière lui. Elle paraissait plus jeune. Il se retourna vivement. C’était bien elle avec son regard tendre, elle avait comme une expression de satisfaction.

- Demain soir, mon fils, il va falloir qu’on se parle, j’ai quelque chose à te dire.

- Pourquoi pas maintenant ?

- Parce ce que Silé n’est pas prêt, elle vit le bâton que tenait toujours Dino, tiens ! tu as trouvé un thyrse, c’est bien !

Sur ces paroles énigmatiques, elle passa prestement la porte et quand il voulut la rattraper, elle avait disparu. Quelque temps plus tard, Silé et la mère de Dino tenait conciliabule dans la grange qui ne servait plus depuis longtemps à personne sinon à stocker du bois pour le poêle. Ils parlaient à voix basse.

- Sémélé, tu voulais me parler.

- Oui, c’est pour demain.

- Quoi ? Pas déjà !

Si quelqu’un était entré dans la grange ce soir-là, il n’aurait pas reconnu Sémélé qui semblait avoir rajeuni de vingt ans et Silè dont les jambes avaient disparu au profit d’étranges pattes.

À suivre mercredi prochain. illustration Jean Camille.

Ecrit par Marie-Laure Bousquet Moison

Auteure de romans à suspense ainsi que de romans d’aventures, je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou étranges.


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