Voyage, Voyage !

Voyage, Voyage ! : Chapitre I

Et si des voyageurs d’une autre planète étaient déjà venus nous visiter sur terre et si nous l’avions oublié !

Je m’appelle Élise et je me souviens de ce que nous avons vécu un jour d’été en France, il y a de cela bien des années. Ce fut un évènement extraordinaire qui pourtant n’a laissé aucune trace dans les mémoires. Aujourd’hui, je veux relater ce qui s’est passé.

J’avais alors 22 ans et une vie insouciante et douce. Cet été-là, j’étais en vacances chez mon frère, dans sa villa à Lanton. La matinée se terminait, il était à peu près onze heures quand j’atteignais enfin le bassin de baignade. Il faisait beau ; vingt-huit degrés sous le ciel dégagé du mois d’août. Un ciel parfait, lisse et pur. Je pédalais à l’aise, juste vêtue d’une chemisette brodée blanche et d’un short noir stratégiquement rembourré de mousse de façon à amortir les heurts produits par les nombreux accrocs du sable mêlé aux cailloux du chemin. Je déposais mon vélo, un vieux « Gitane » trop lourd que j’avais péniblement conduit à la force de mes mollets et au mépris des ornières, de Lanton au chemin de Certes en deux bonnes heures exténuantes. Arrivée donc à destination, je décidais de me reposer un peu. Déposant mon léger sac à dos qui ne renfermait qu’un téléphone, un pull polaire plutôt laid ainsi qu’une bouteille qui contenait de l’eau et qui pour l’heure était vide. J’admirais le point de vue. Le bassin de baignade consistait en une retenue d’eau bordée de sable blanc parallèle au bassin d’Arcachon. Ce petit bassin avait l’avantage de n’être pas assujetti aux marées, et de retenir l’eau de mer pour les nageurs, toute la journée. Alors que je goûtais ce moment de détente, je voyais se remplir la plage. Petit à petit, des familles bardées de mioches aux bras cernés de bouées gonflables portant chapeaux de toiles ou casquettes aux couleurs acidulées de l’enfance se répandaient autour du petit lac d’eau salée. Je commençais à envisager de reprendre mon chemin, car la joie bruyante des enfants et le gazouillis intempestif des oiseaux qui semblaient commenter avec animation cet afflux d’humains me redonnaient l’envie de retrouver le calme et la solitude de la maison. Les plus petits poussaient parfois des cris aigus de sifflet de gendarmes qui me faisaient sursauter. Je résolus donc de partir, récupérant mon sac sur le sol, lorsque quelque chose de très étrange se produisit. Alors que j’étais penchée sur mon sac pour prendre mon téléphone, un silence inattendu se répandit lourdement sur la plage. Je levais le nez, intriguée. Je ne compris pas tout de suite ce qui venait de se passer. Tous les estivants dans l’eau ou étalés sur le sable du plus petit au plus âgé s’étaient levés comme une petite armée de zombis obéissants. Tous regardaient dans ma direction et dirent d’une seule voix comme si une entité marionnettiste s’exprimait à travers eux.

-  Menez-moi à votre chef !

Je ne dis rien, et je me retournais pour vérifier à qui s’adressait cette injonction.

J’étais seule. Ils répétèrent d’une seule voix :

-  Menez- moi à votre chef.

-  C’est bien à moi que vous vous adressez ! je crois qu’il y a erreur, je ne suis pas la personne la plus compétente pour …vous avez là-bas le maitre-nageur qui est responsable…

Je ne terminais pas ma phrase, une ombre immense cacha le soleil. Je notais au passage que le pauvre surveillant de baignade était lui aussi tout aussi figé que les autres. Je levais alors les yeux. Au-dessus de moi, quelque chose d’immense, de métallique et d’inédit venait de s’immobiliser. Il était si grand qu’il occultait une partie du ciel diffusant une ombre fraîche. Visible soudain comme s’il avait toujours été là et qu’il avait choisi sur un coup de tête de se montrer, gommant le bleu du ciel et le soleil. Je vis que la voix issue de toutes ces bouches allait réitérer son ordre de les « mener jusqu’à mon chef » avec impatience. Pour éviter cette colère collective que je voyais venir, je m’écriais :

-  OK, OK ! laissez-moi réfléchir un peu, voyions. Il vous faut parler au grand chef, au Président de la République, oui c’est ça ! bon ici c’est la France… Vous ne voudriez pas un pays plus grand ?

Il y eut un silence. Je me demandais alors si l’entité aux multiples bouches n’allait pas penser que j’étais en train de me moquer de lui et je regrettais aussitôt ma question. En même temps mon sens patriotique s’insurgea. Et pourquoi pas la France, la patrie des droits de l’homme, n’intéresserait-elle pas un étranger venu du fin fond de l’espace, car il s’agissait bien de cela. L’engin au-dessus de nous était un vaisseau spatial, aucun doute là-dessus.
En même temps, subrepticement je composais le numéro de la police sur l’écran de mon téléphone. Quelqu’un décocha si vite que j’en fus surprise, je murmurais.

-  Heu, voilà, j’ai un gros problème au bassin de baignade à Lanton, c’est grave, amenez du renfort !

Au lieu de la voix attendue, je pus mesurer que le pouvoir du visiteur ne se limitait à la plage, en effet, j’entendis à nouveau la voix véhémente :

-  Menez-moi à votre chef !

-  OK, vous savez, il n’y a pas un chef unique sur la terre, en fait les continents sont découpés en plusieurs, enfin, ce qu’on appelle des pays et...

-  Menez-moi à votre chef !

-  Bon j’ai compris ! ne vous énervez pas, il faut aller à Paris à l’Élysée… j’espère qu’il n’est pas en vacances…alors, vous voyiez c’est plutôt par là et ce n’est pas tout prés. Je montrais la direction de ce que je pensais être le nord avec mon index.

-  Guidez-moi !

-  Moi ! oh, d’accord, je levais les yeux au ciel, alors l’idéal se serait d’emprunter votre machine volante.

Aussitôt dit, aussitôt fait, une échelle de métal fut dépliée devant moi et je fus embarquée illico ainsi que quatre autres personnes qui apparemment serviraient d’interfaces au visiteur qui préférait rester invisible. Les autres s’allongèrent sur le sable ce qui m’impressionna beaucoup jusqu’à ce que l’entité me rassure en me précisant que les baigneurs allaient faire une petite sieste sans conséquence.
À l’intérieur, de l’engin ce qui était remarquable c’est que justement il n’y avait rien à remarquer, l’espace était vide ; pas de machines, pas de meubles, rien. La voix s’éleva par les quatre bouches innocentes.

-  Tu me dis où aller.

-  Maintenant on se tutoie, c’est sympa ! Mais en fait, je dois vous prévenir, moi et l’orientation, ça fait deux.

(Illustration Jean Camille)

Ecrit par Marie-Laure Bousquet Moison

Auteure de romans à suspense ainsi que de romans d’aventures, je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou étranges.


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