Voyage, Voyage !

Voyage, Voyage ! : Chapitre III

Et si des voyageurs d’une autre planète étaient déjà venus nous visiter sur terre et si nous l’avions oublié !

Et si des voyageurs d’une autre planète étaient déjà venus nous visiter sur terre et si nous l’avions oublié !

Le président de la République française qui venait de se hisser hors du char, s’avança du pas résolu de celui qui ne veut pas montrer son inquiétude. En effet, devant lui un énorme engin spatial stationnait au-dessus du palais de l’Elysée !
L’entité me questionna.

-  C’est ça le chef ? Tout en couleur forêt ?

Il faisait allusion à la tenue de camouflage verte et marron du président.

-  C’est cela, je confirme, c’est bien lui, celui que nous avons élu, je veux dire nous, les français. Bon voilà, on y est, on sort, vous y allez et moi je rentre à la maison, et dire que mon frère Fabrizio devait venir me chercher pour déjeuner ensemble. Mais quelle heure est-il ? J’ai une de ces faims moi !

Ma virée en bicyclette commençait à me peser dans les jambes. L’entité ne sembla pas se préoccuper de ce que je venais de dire. Je compris que j’allais devoir me débrouiller toute seule. Je sortis en catimini à la suite des estivants.

Une fois dehors, le groupe des quatre se dirigea vers le président qui se trouva instantanément ceinturé de plusieurs soldats censés le protéger. J’en profitais pour m’éclipser. Évidemment ce ne fut pas si facile, j’étais à peine éloignée du groupe, qu’un soldat braquait son arme sur moi. Instinctivement, je levais les bras en l’air.

-  Stop madame ! Vous devez me suivre !

-  Ah non ! Je regrette, je rentre chez moi. J’ai fait mon devoir, salut !

À ce moment-là, il y eut un éclair aveuglant dans le ciel, l’engin spatial s’éleva au-dessus de nous et disparut dans la seconde. Décontenancé, le soldat se retourna vers ses camarades et partit en courant vers eux pour quémander un nouvel ordre. Je profitais de la confusion pour filer à l’anglaise, non sans jeter un œil sur mes pauvres baigneurs qui semblaient se réveiller d’un rêve bizarre et qui s’étonnaient de se retrouver en short entourés de soldats.

Tout en marchant, je réfléchissais. Je m’imaginais un instant que je pourrais visiter un peu la capitale à pieds. J’y renonçais rapidement ; la période du tour de France était passée depuis trop longtemps pour que l’on trouve normale une personne qui se promène en short cycliste en plein Paris. Je pensais à Fabrizio, il saurait ce qu’il faut faire. Je l’appelais depuis mon portable. Il ne répondit pas. Je lui laissais un message disant que j’étais très loin de Lanton, mais que j’allais trouver une solution pour rentrer le plus tôt possible. J’imaginais son étonnement à l’écoute de ces quelques mots énigmatiques. Le Bassin d’Arcachon ce n’est pas la porte à côté et le stop, non merci, l’ennui c’est que je n’avais pas un sou en poche. Je demandais malgré tout mon chemin pour me rendre vers la gare Montparnasse avec l’idée de prendre le train pour Bordeaux. Je parvins jusqu’à la gare fourbue, mais soulagée.

Je m’installais et le train démarra, je n’avais rien eu à composter, mais au pire, pensais-je alors, ils n’allaient pas me jeter par la fenêtre du train.

Tout était parfait jusqu’au moment où la porte du compartiment s’ouvrit sur l’uniforme du contrôleur. Instantanément, prise d’une bouffée irrépressible de lâcheté, je me levais pour me diriger dans la direction opposée au représentant de la loi ferroviaire.

Malheureusement, même le train le plus long du monde n’est pas infini. J’atteignis le bout de la rame. Ce qui devait arriver arriva et je vis s’avancer le contrôleur vers moi de sa démarche entrecoupée d’arrêt à chaque rangée de sièges. Je trouvais son regard sévère ce qui m’inquiéta un peu. Arrivé à ma portée il me dévisagea avec quelque chose dans les yeux qui me disait « toi, tu m’as l’air d’une fraudeuse ! » Sourcils froncés il se contenta de me demander comme s’il connaissait déjà la réponse

-  Ticket s’il vous plait !

Je préparais dans ma tête une explication plausible quand je fis malgré moi une chose très curieuse : je posais mon pouce droit entre ses deux yeux. Il frissonna puis se figea silencieux et immobile. Je retirais mon doigt de son front, très gênée quand il me dit, semblant sortir d’une rêverie :

-  Merci, madame, bonne journée !

Il fit demi-tour et disparut dans le compartiment précédent. Ça alors ! pensais-je ébahie. Qu’est-ce que j’ai fait ? Je tentais en vain de me souvenir ce qui m’avait poussé à faire cette chose si étrange. Je m’assis sur le siège le plus proche à côté d’une vieille dame élégamment vêtue d’un ensemble fleuri. Sur ses genoux, elle avait déposé un petit panier en osier recouvert d’un paréo turquoise piqueté de minuscules étoiles fines bleu marine. Nous échangeâmes des sourires et je m’endormis aussitôt épuisée, rêvant d’une plage au sable chaud, enroulée dans un voile azuré qui ressemblait à s’y méprendre au beau tissu de soie de ma voisine.

Je m’éveillais délicieusement reposée. Ma voisine n’était plus là. Je constatais avec ravissement qu’elle avait déposé délicatement sur mes genoux, son paréo et un sandwich avec une bouteille d’eau. Deux miracles en si peu de temps ! J’en eus la chair de poule. Je me remis de mes émotions et je dévorais le cadeau de la gentille vieille dame, après tout il est vrai qu’il était bien trois heures de l’après-midi et que je n’avais pas déjeuné. Je repensais à cette folle journée. J’avais été enlevé par un extraterrestre que j’avais guidé jusqu’à Paris, je lui avais fait rencontrer le président de la République et il s’était envolé avant même de lui avoir parlé. Voilà une attitude que je trouvais bien cavalière. Tout ce remue-ménage pour finalement lâcher l’affaire et laisser tout ce beau monde en plan, le fusil en l’air et le président dépité. Une malicieuse envie de ricaner m’étreignit. J’entendis bientôt mon rire se déployer avec force dans le compartiment d’une telle façon que j’eus pendant une seconde l’impression qu’un autre rire se mêlait au mien. Je me figeais très gênée, car ce genre de manifestation extérieure n’est pas mon style. Je soupirais et je sombrais à nouveau dans le sommeil. Quand le train s’arrêta, j’étais en pleine forme. Il me tardait de voir les informations et j’imaginais le regard étonné de Fabrizio. Lui qui aimait bien se payer ma tête devait être sacrément bien épaté.

Je descendis à la gare Saint-Jean de Bordeaux. J’avais l’intention de changer de train pour Arcachon, mais voilà, au lieu de cela, je quittais la gare. Pourquoi ? Je n’en savais rien, je me laissais simplement porter par je ne sais quelle volonté qui ne m’appartenait pas.

Je partais en balade par cette belle après-midi ensoleillée, déambuler dans notre bonne ville de Bordeaux.

(Illustration Jean Camille)

Ecrit par Marie-Laure Bousquet Moison

Auteure de romans à suspense ainsi que de romans d’aventures, je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou étranges.


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