Après bien des années de pratique, car pouvant goûter des vins depuis mon enfance et en avoir fait ma passion et mon métier, j’ai eu parfois l’occasion de découvrir des vins qui étaient plus fins que forts, plus élégants que boisés, plus raffinés que puissants. Ces vins sont ceux qui m’ont le plus marqués dans mon parcours de dégustateur.
La Finesse dans les vins de Bordeaux
Malheureusement la mode, le style de vinification nouveau et les grands oracles de la dégustation, font presque toujours passer la finesse en deuxième plan alors qu’elle est l’essence des Grands Bordeaux.
- Château Haut Marbuzet
- photo Bordeaux Gazette - Bernard Lamarque
En fait, on fait croire aux amateurs qu’un bon vin est un vin puissant et qu’un vin charpenté est un grand vin. Il en est rien et très souvent, quand on me parle d’un bon on cite un vin plus puissant que fin. La comparaison serait celle d’un pur-sang et d’un cheval de trait. Je ne détiens aucune vérité en matière de goût, et je persiste en disant qu’un bon vin est un vin que vous aimez.
Toutefois il est utile de connaître dans ce domaine quelques indices qui aident à juger de manière impartiale mais non objective car la dégustation reste toujours subjective. Mais comment trouver ce sens caché, comment passer au-delà des apparences et juger un vin pour ce qu’il est et non, pour ce que l’on voudrait vous faire croire qu’il soit !!!
Quelques indices : Tout d’abord se méfier des vins à fort taux d’alcool, un grand vin rouge n’a pas besoin de béquille chimique (Chaptalisation = ajout de sucre). Un grand vin peut être un vin avec un faible degré alcoolique, c’est son équilibre entre tous ses parfums qui est remarquable. Un grand vin c’est "LE BEAU QUI DURE", se méfier des vins qui sont bons très jeunes, soit moins de 5 ans de bouteilles, car ils sont souvent la beauté du diable, certains vins qui se sont comparés jeunes à des premiers crus et se classent devant, finissent lessivés au bout de la sixième année et il ne reste ni parfum ni plaisir sur ce qui présageait comme des références. Il sont très maquillés pour être bus tôt !
Un grand vin fin est un vin que l’on retient par sa capacité à nous procurer de l’émotion. Un bon vin impressionne, un grand vin émeut, c’est une vraie différence, fine, tout en nuance et pourtant essentielle. Les grands millésimes s’attendent. Ensuite il ne faut pas confondre finesse et usure. Un vin usé est un vin en fin de vie qui a épuiser toutes ses ressources organoleptiques (organe du goût). Il laisse en bouche un goût sec et presque aqueux, parfois métallique ; sans plaisir, ni arômes agréables. En revanche, un vin fin est un vin en milieu de vie , qui saura encore vous ravir pendant de longues années, sera parfumé sans excès et vous surprendra parfois par sa longueur en bouche (persistance aromatique), mais attention, seul la pratique apprend a différencier un monument d’une vieille relique sans intérêt.
- Château Ducru Beaucaillou
- photo Bordeaux Gazette - Bernard Lamarque
Quelques exemples : Un Château Palmer 1972, dégusté en 2004 qui sur le papier vaut peu, s’avéra être un vin merveilleux et élégant, un Ch. Léoville Poyferre 1982 dégusté en 2006 est quant à lui tout à fait extraordinaire de longueur et de délicatesse, pour moi proche d’une œuvre d’art. La finesse c’est élégance, la distinction, l’équilibre dans le goût, la perfection aromatique, le sésame parfait, mais attention le printemps n’arrive pas pour tous, et une grande majorité de vins ne sont et ne seront jamais de vins fins.
Comment choisir : généralement un Cru Classé, avec un terroir et un savoir faire d’exception : les premiers sont parfaits avec une mention spéciale pour CH MARGAUX, mais chers : les bons choix seraient : Gruaud Larose, Pichon Baron, Beychevelle, Lagrange, Leoville Barton, Ducru Beaucaillou, Palmer, La Gaffeliére, Lafleur, HAUT MARBUZET voila des valeurs sûres qui biens conservés, ne déçoivent pas. Enfin, il faut goûter sans relâche pour parfaire ses connaissances et acquérir une palette de goût large de références qui vous permettent de différencier les vins, cela ne s’arrête jamais et je peux même dire que cela continue.
Enfin, je pourrai lever mon verre à la santé du vin, de la gastronomie, de l’art et des femmes, sans qui nous ne serions pas ce que nous sommes, et qui peut-être, nous aide à devenir meilleurs.
Emmanuel Blanc.

Ecrit par Emmanuel Blanc
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