Bienvenue à Sainte Gueille

Bienvenue à Sainte Gueille Sur Gironde : Chapitre III

Tout un village va devoir jouer une drôle de comédie à des touristes étrangers.

Nous trouvâmes le Raymond couché par terre à l’emplacement exact où aurait dû se trouver sa voiture. Il marmonnait.

-  On m’a volé ! on a volé ma beauté, où es-tu ? Mon dieu je ne méritais pas ça !

Il serrait dans ses bras la peluche aux couleurs de l’engin que le vendeur avait laissé en cadeau à l’acheteur de la magnifique voiture avec une bouteille de champagne. Heureusement celle-ci avait été consommée dès le premier jour. Le voleur insouciant ou moqueur avait négligemment abandonné le joujou sur le trottoir.

Le maire porta le deuil une bonne semaine quand enfin la gendarmerie lui annonça la bonne et la mauvaise nouvelle. La bonne, c’était qu’on avait retrouvé sa voiture, et la mauvaise c’était qu’elle avait subi un choc plutôt violent. En effet, une dépanneuse ramena la beauté qui l’était beaucoup moins, et que l’on ne parvenait à reconnaître que grâce à la couleur de certains pans de la carrosserie froissée qui brillaient encore. Le garagiste le gros Gérard ne cacha pas au maire qu’elle ne roulerait plus jamais. Raymond, resta muet toute la journée, mais la vie reprit son cours, l’épave trônant sur la place à l’emplacement où elle avait jadis resplendi pour la première fois. Le temps passa et le mois de juillet et ses vacances furent bientôt là.

Le fameux lundi, monsieur le maire vit enfin arriver le taxi que tout le monde attendait. Celui-ci s’arrêta devant Monsieur le Maire et ce dernier s’empressa d’ouvrit galamment la portière à Molly Warwick qui fit son entrée dans le village comme une tornade de couleurs dans ce début grisâtre d’un été plutôt morose. Elle fut conduite dans le bar hôtel-restaurant dont il était le propriétaire jusqu’à la salle de réception réservée aux invités d’honneur.

Vous êtes la bienvenue à Sainte Gueille sur Gironde, voici mon épouse Raymonde et mes cinq petits chéris, Olaf, Stanislas, Sigmund, Pénélope et le petit dernier Attila Jérôme.

Miss Molly examina les enfants curieusement.

-  Ils ne sont pas très les poils !

Dit-elle, puis son regard se posa sur la belle Raymonde. Celle-ci, ce jour-là, avait revêtu sa robe léopard dont elle était très fière et qui allait si bien avec sa coiffure dite à la lionne qui était à la mode il y avait de cela une petite trentaine d’années. La miss fronça les sourcils semblant réfléchir.

-  J’aimerais visiter si vous ne voyez pas le problème les autres « strangeries ».
La femme du maire qui avait fait preuve jusqu’ici d’une patience dont elle n’était pas elle-même habituée commença à s’énerver. Elle chuchota à son époux.

-  Dis donc elle m’a traité « d’étrange » ou je rêve, cette mal polie ?
Le Raymond fit taire sa panthère, et guida la miss jusqu’à la salle de restaurant où les habitués étaient venus en masse pour voir l’Australienne. Celle-ci s’écria :

-  ho ! je vois beaucoup le monde, mais je ne voudrais pas perdre le temps où sont Gévaudan et le fox qui parle et poui les lamas qui crachent ?

-  Comment ça, les lamas ? vous voulez dire que vous voulez visiter l’église de Jeanne D’Arc ?

-  Il y a Jeanne D’Arc, marveilleux, je l’envoie un mail, but…
La miss eut un temps d’arrêt.

-  Vous les moquer de moi ! je sais, pas ici la fini Jeanne D’Arc, attention, c’est mal, je fais les études history !

Le maire assez mal à l’aise se retourna vers Raymonde qui se servait à ce moment-là un petit ballon de rouge. Et c’est là, je ne sais pas pourquoi, que je n’ai pas pu m’empêcher de participer à la conversation.
J’intervenais donc pour expliquer la présence plutôt inattendue au moyen-âge de Jeanne D’Arc à Sainte Gueille.

-  Non, bien sûr, mais elle venait ici pour se reposer, prendre des Holidays, parce que bouter les Anglais hors de France ce n’était pas tous les jours de la tarte !
Le maire me jeta un regard noir. Je me souvins alors que l’Australie était une des étoiles du drapeau anglais. Je fis diversion comme je pus.

-  Miss Warwick prendra bien un petit remontant !

Alors le maire se saisit du verre de Raymonde qui s’apprêtait à l’engloutir pour le tendre à la Miss. Elle ne se fit pas prier, car elle avait entendu parler du vin de la région, le voyage avait été bien long et elle accepta volontiers ce cadeau de bienvenue. Elle avala le breuvage goulûment, puis reposa aussitôt le verre sur le comptoir. Elle tournait le dos à tout le monde, mais moi, je vis à son visage qui vira au cramoisi qu’elle ne s’attendait pas à cela. Comprenant le drame qu’elle était en train d’endurer, je lui tendis une petite écuelle, où elle put recracher discrètement le vin du père Montfort. Elle leva vers moi un regard reconnaissant, puis, se retournant avec grâce, elle sourit dignement à la compagnie qui attendait sa réaction.

-  Marveilleux ! maintenant, je le voudrais voir le Gévaudan ! c’est possible ?

-  Je crains miss qu’il n’y est un petit malentendu, il n’y a ici que des vaches, des moutons et quelques oies, dont nous sommes d’ailleurs très fiers, car elles font près de trente kilos chacune, n’est-ce pas Madame Topain.

La mère Topain ainsi interpellée, rougie et bafouilla en tremblant le début de ce qui parut un discours, mais Molly interrompit l’oratrice.

-  Je comprends pas, vous dites il n’y a pas d’animal bizarre et terrible ? Je crains, il y a grand problème, je téléphoner très vite annuler voyage, vous rembourser dollars !

-  Pardon, rembourser quoi ?

-  Je veux dire argent, je vous envoyer vous avez promesses pas tenues !

Disant cela, elle sortit de son sac à main une page sur lequel on voyait des photos de toutes sortes de bêtes extraordinaires et parmi lesquels on reconnaissait entre autres la belle Raymonde dont le corps se terminait par des pattes velues avec lequel elle étreignait ces cinq rejetons pareils à des petits tigres à visages humains. Le maire qui avait, il faut bien le reconnaitre, l’esprit assez vif hurla :
Émile !

Je crus bon de l’avertir,

-  Il n’est pas là, comme sa paye tardait, il est parti chercher du travail à

l’étranger, en ce moment il est en Afrique, il vous embrasse tous, c’est ce qu’il dit regardez ! je décrochais une carte postale du mur, il m’a envoyé une carte. Il a écrit, « décidément la jungle est cruelle on y côtoie toutes sortes d’animaux prêts à s’entredévorer pour un rien. Mon calme petit village me manque un peu. Émile ».
Je leur avais tendu le dos de la carte postale tout en la lisant, c’était une photo de chimpanzés dont celui qui paraissait être le dominant d’un groupe secouait le plus petit. Personne ne prit vraiment garde à l’allusion et déjà une rumeur confuse de discussions diverses s’éleva.

(illustration Jean Moison)


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