Bienvenue à Sainte Gueille

Bienvenue à Sainte Gueille Sur Gironde : Chapitre VII

Dernier chapitre du feuilleton du mois de Bordeaux Gazette : "Bienvenue à Sainte Gueille". Tout le village Sainte Gueille Sur Gironde va devoir jouer une drôle de comédie à des touristes étrangers.

Émile Grenier, celui qui avait monté le site prometteur de Sainte Gueille Sur Gironde, revint enfin au village.

J’avais dû lui glisser incidemment sur un de nos emails échangés que cette saison valait particulièrement la peine, car la lumière y était spéciale à cette époque de l’année. Émile qui était un enfant du pays, approuva mon choix et débarqua en même temps qu’un arrivage de touristes étrangers. Ses cheveux plus longs, son teint bronzé et ses vêtements exotiques en faisaient un touriste parmi les autres. Je le vis s’insérer dans le groupe et tout d’un coup, il me vint à l’esprit que j’aurai dû le prévenir de quelque chose, mais il était hélas, déjà parti.

Comme d’habitude, le maire fit la visite commentant plus ou moins en anglais, ce qui ajoutait au comique, mais il avait compris qu’un peu de bonne volonté était souvent récompensée par de généreux pourboires ce qui représentait pour lui son unique salaire. Cet avantage suscitait des disputes à n’en plus finir avec les autres administrés qui considéraient qu’ils méritaient autant, sinon plus de recevoir une compensation au préjudice. Émile se régala de voir les habitants de son village ainsi ridiculisés, mais il cessa de rire quand il vit Mamie Edmée qui était exposée, accrochée adroitement à une espèce de poteau les bras écartés, de la paille jusque dans son nez qui ricanait en poussant des jurons. Émile stupéfait ne dit rien, mais dès que les Australiens furent partis, il s’approcha de sa grand-mère.

-  Mamie, enfin ! Qu’est-ce que tu fais là ?

-  Ah ! Te voilà toi ! Et oui, je sais, mais il faut que je te dise, quand Papi Michel est parti au ciel rejoindre le pape, enfin j’espère, avec toutes ces simagrées de cureton qu’il faisait, ce serait la moindre des choses, il me semble, elle releva sa perruque de paille qui lui descendait sur les yeux, voyant le regard désapprobateur de son petit-fils elle revint à l’essentiel, bref, j’ai oublié de le dire à certaines administrations et donc, il se trouve que j’ai continué à toucher sa retraite en entier pendant ..., en fait jusqu’à maintenant. Quand je m’en suis rendu compte, j’ai pensé qu’on n’était pas si pressé après tout.

Il y eut un silence et Émile finit par dire :

-  Mais il suffisait que tu leur écrives !

Edmée le coupa :

-  Et bien, c’est-à-dire que j’ai eu des frais. Tu sais cet écran géant de télé tout plat, j’en avais vraiment envie, mais au fait ! Non, tu n’en sais rien, tu viens me faire la morale, mais tu ne t’es pas trop préoccupé de mon bien être jusqu’ici, hum ? À oui ! c’est vrai aussi, on ne savait même pas où tu étais, j’oubliais !
Émile, un peu gêné, ne répondit pas, elle ajouta :

-  Le problème c’est qu’évidemment, le maire l’a su, tu vois le topo. Il m’a proposé un arrangement, il avait besoin d’un épouvantail vivant...Je n’ai pas pu dire non, et puis dans le fond, je m’amuse bien, il y en a qui me jette des pièces !

Cette dernière réflexion laissa Émile pantois. Décidément il y avait trop de choses qui le dépassaient. Il se dit que ce monde ne tournait pas rond et il décida qu’il serait plus sage pour lui de regagner la civilisation. Il songea à un petit studio qu’il avait repéré sur Bordeaux. Et puis, ce qu’il y avait de bien, c’est que personne dans toute la région ne connaissait Sainte Gueille et ce dernier fait lui apporta un peu de réconfort. Il ne revint jamais.

Les années passèrent et un jour, enfin, les derniers touristes partirent. La dette était épongée. Un monumental banquet fut organisé pour tous les habitants au frais de la mairie pour fêter la liberté retrouvée. Les Guenilloux commencèrent à réfléchir qu’ils avaient assez payé toutes leurs petites lâchetés que bien sûr, ils ne reconnaissaient pas. Ils avaient envie d’être des gens bien ! Alors leur rancune se dirigea naturellement contre le maire qui ne fut pas réélu.

La conduite des Saint Guenilloux s’améliora, ils devinrent un peu plus des saints et un peu moins des profiteurs.

Moi j’ai quitté le « jambon beurre » je travaille chez les Grenier qui n’ont pas su ce qui s’était passé et n’ont jamais compris pourquoi mamie Edmée rentrait tous les soirs avec de la paille dans les cheveux, sa fille, flairant quelque histoire sentimentale très gênante, n’osa jamais le lui demander.

FIN

( illustration Marc Chagall )

Ecrit par Marie-Laure Bousquet Moison

Auteure de romans à suspense ainsi que de romans d’aventures, je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou étranges.


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