Bienvenue à Sainte Gueille

Bienvenue à Sainte Gueille Sur Gironde : Chapitre VI

6ème et avant dernier chapitre du feuilleton du mois de Bordeaux Gazette : "Bienvenue à Sainte Gueille". Tout un village va devoir jouer une drôle de comédie à des touristes étrangers.

Légèrement paniquée, guidant le groupe de touristes australien, je crus bon de ne pas poursuivre trop en avant la conversation. J’amenais mes touristes à la cave qui n’était plus si enchantée. En effet, les enfants Duchamp que l’on avait affectés à la besogne peu ragoutante de patauger dans le bouillon horrifique tout en couinant de lugubres bêlements étaient en train de se laver à coup de jet devant la porte, ils riaient aux éclats quand nous arrivâmes. Je me retournais vers miss Pouligan la représentante du groupe qui parlait le français. Je compris à son regard qu’elle n’appréciait pas tellement, ce qui se passait, mais je sentis qu’elle hésitait entre l’étonnement et la colère, elle ne dit rien. Continuant le circuit nous croisâmes de grosses oies qui se promenaient en liberté, la peinture de leur bec commençant à s’écailler comme un vieux rouge à lèvres sur la bouche d’un groupe de réveillonneuses à la fin d’une sordide soirée de beuverie de fin d’année. Je feignis de les ignorer, je filais chez le père Montfort espérant que la représentation n’était pas encore terminée. Hélas, nous trouvâmes le vieux affalé sur le sol sans connaissance, l’alcool le trac et le vertige avait eu raison de lui. Enfoui sous une montagne de peaux roussâtres, il ne bougeait plus, seul le ronflement d’un sommeil agité prouvait qu’il était encore en vie. Je me mis à courir entrainant à ma suite les athlétiques touristes pour les conduire jusqu’au bois où je savais que la famille du maire donnait la prochaine représentation. Le groupe était bien là, madame le maire, plus panthère que jamais poussant de ridicules feulements, entourée de ses cinq petits. Visiblement tout le monde trouvait cela très drôle. La Raymonde qui se voulait sensuelle, commença à se vexer, elle devint menaçante battant l’air avec ses moufles griffues, ce qui eut pour effet d’amuser encore plus les spectateurs dont le nombre, grâce à moi, n’allait pas tarder à doubler. Le maire comprenant que son épouse ne supporterait pas plus longtemps la situation décida de partir. Je parvins à le rejoindre.

-  Monsieur le Maire, regardez, je vous ai emmené d’autres touristes !

Le maire se retourna. Il découvrit le deuxième groupe qui avait par sa présence doublé le volume des touristes anglophones. Ceux-ci faisaient connaissance et une discussion animée commença entre les anciens et les nouveaux. Ce que je sais, c’est qu’ils parlaient tous anglais, et j’ai pu voir sur leurs visages qu’ils n’étaient pas contents. Madame Pouligan prit la parole.

-  Je suis seule, je parle français, je représente le groupe de visiteurs australien et

Monsieur Parker celui des Américains. Il dit qu’il ne comprend rien. Il voulait vous faire une surprise en vous amenant toutes les personnes qui avaient participé à la collecte de fonds pour réparer votre église, Il dit, vous avez église cassée, et lui a envoyé gros chèque pour vous aider. Il a vu que l’église est debout et pas réparée du tout ! Et moi, je vois vous moquez de nous ! pas de vrais monstres, mais de vrais…
Elle prit des mains le dictionnaire de monsieur Parker, chercha un peu puis elle dit :

-  mensonges ! vous devez rembourser !

Mais elle n’avait pas fini de prononcer la sentence que le maire par instinct de survie, avait déjà pris ses jambes à son cou. Il venait de comprendre qu’il venait de faire faire une balade touristique aux Américains à qui il avait prétendu que tout avait été détruit quand la bombe de l’avion de chasse était tombée sur l’église.

Mais à ce moment-là, un terrible cri déchira l’espace, un cri qui fit stopper net le coupable.

-  Raymond ! Viens ici !

C’était la douce Raymonde qui venait de hurler ainsi. Elle avait presque rejoint la troupe. Elle se débarrassa rageusement de ses moustaches, et marcha d’un pas décidé vers son époux qui n’en menait pas large.

-  Tu vas arrêter tes idioties et tu vas rembourser tout le monde !

-  Mais ma chérie, je ne peux pas, la voiture, tu sais bien ?

Il s’assit sur le banc qui avait été installé pour que les visiteurs puissent se poser pour déguster un verre de vin du pays tout à leur aise. Portant ses mains à son visage il sanglota.
Madame le maire se laissa lourdement tomber sur le banc à côté lui.

-  c’n’est pas possible, cette fois tu vas aller en tôle !

Elle se mit à pleurer, et les cinq petits se blottirent contre leurs parents, les yeux agrandis par l’incompréhension de les voir tout à coup si tristes. Madame Pouligan qui était une brave femme et qui assistait à cette scène eut pitié devant ce tableau pathétique comprenant aussi qu’ils ne seraient pas remboursés de sitôt. Elle se mit à expliquer aux autres touristes la situation. Un des plus jeunes prit la parole et ce qu’il proposa apparemment déclencha d’abord des protestations, puis après d’âpres discussions, ils convinrent d’un accord.

Madame Pouligan nous expliqua donc, que comprenant qu’ils ne seraient probablement pas payés avant longtemps et qu’envoyer les gens en prison ne serait pas une solution financière acceptable, il convenait de trouver un compromis. Ils avaient décidé d’un commun accord qu’ils ne poursuivraient personne en justice, mais qu’en échange, les habitants du village continueraient l’original circuit touristique, et que cette fois, en dédommagement, les bénéfices seraient reversés à chacune des victimes. Bien entendu, cette fois les visiteurs seraient avertis qu’il s’agirait d’un genre de théâtre, Raymonde intervint :

-  Les autres ne voudront jamais recommencer à se ridiculiser !

Mais le maire qui voyait là une manière de s’en sortir à bon compte répliqua :

-  Mais, si ! Ils me doivent tous quelque chose ! Il n’y a pas de raison.

L’affaire fut conclue, ils rentrèrent à l’auberge et Molly, ignorant le marasme s’avança les bras grands ouverts vers le groupe. Il s’ensuivit à nouveau une discussion animée, et la miss se mit à son tour à sangloter. La mère Pouligan dit en français.

-  Vous êtes, vous aussi, autant responsable que les autres, nous exigeons que vous participiez, elle réfléchit un instant et voyant l’ensemble rouge et bleu de Molly elle continua, et je propose que vous soyez le perroquet géant qui manquait à cette ménagerie.

Molly accepta comprenant qu’elle n’avait pas le choix. Elle pensa que sa famille n’en saurait jamais rien et que cela lui éviterait bien des ennuis.

Les touristes finirent agréablement leurs séjours. Ils furent particulièrement bien traités, la nourriture saine et bonne, sortie des caves et des réfrigérateurs personnels de chacun pour l’occasion. Des voyages furent donc organisés ou chaque habitant devait à chaque fois s’exhiber pour le plus grand plaisir des touristes qui trouvaient cela très drôle et les Guenilloux, des Français très hospitaliers. L’été suivant, il fallut recommencer, et tout cela sans faire de bénéfice tant que la dette n’était pas remboursée. Un mardi, Émile revint au village.

(illustration Photo MLB)

Ecrit par Marie-Laure Bousquet Moison

Auteure de romans à suspense ainsi que de romans d’aventures, je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou étranges.


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