Cordélia et son fantôme

Cordélia et son fantôme : Chapitre V

Cordélia doit partager sa maison avec une colocataire très particulière ; une revenante ! (5ème et dernier chapitre)

Mildred, ectoplasme élégant de son état, venait d’apprendre que son amour de jeunesse n’était autre que l’oncle de Cordélia !

- Tu mens !

- Mais non, je t’assure, c’est le frère de ma mère ! Huguette Dumontier qui s’est marié à Raoul Delerbe mon père. Tonton Pascal ne s’est jamais marié. Aujourd’hui il vit seul comme un ermite de sa retraite de jardinier en Dordogne.

Mildred visiblement bouleversée disparut. Cordélia ne la revit plus. Noël approchait et sans vraiment d’entrain elle descendit du grenier le sapin en tissu et le sac de guirlandes pour l’installer dans le salon. Elle espérait toujours revoir Mildred qui était au fil des mois devenue une amie.

Pour le réveillon du 24 décembre, Cordélia pensa que Mildred, si elle devait réapparaître, le ferait à minuit. Elle comptait sur le goût de Mildred pour les comédies sentimentales, où l’héroïne survient au dernier moment pour le soulagement des spectateurs inquiets. Minuit retentit et Cordélia trinqua dans le vide.

- À toi chère amie !

Alors Mildred réapparut. Elle portait une longue robe blanche de mariée et un voile sur le visage. Si elle ne l’avait pas reconnu aussitôt, elle aurait pu effrayer Cordélia.

- Te voilà enfin ! je suis contente de te voir, mais pourquoi es-tu habillée en mariée ?

- Ho ! ça, mais tu sais je ne choisis pas mes vêtements, je suppose qu’ils reflètent mes états d’âme et depuis l’autre jour, mon esprit est tourmenté par Pascal et par les projets que nous faisions. Je pensais qu’il m’avait abandonné pour une autre, mais tu m’as dit qu’il n’avait jamais épousé personne. Tu me jures que c’est vrai !

- Je te le jure !

Clama Cordélia qui tenait la flute à champagne de la main gauche et qui jura de la main droite. Il y eut un silence. Quand Mildred demanda.

- Comment se fait-il que tu aies acheté cette maison ?

- Je ne sais pas, elle m’a plu.

Un autre silence encore plus pesant celui-là s’installa dans la petite fête. Et si tout cela n’était pas un hasard ?

- Je veux le voir !!

- Qui ça ? Mon oncle ! OK on y va.

Il était plus de minuit et elles prirent la voiture de Cordélia. Arrivée devant la maison Mildred demanda.

- Tu me donnes l’autorisation de rentrer chez lui ?

- Oui, vas-y ! je te suis.

Mildred ne bougeait pas. Elle lui dit :

- Je sens qu’il est là, je suis si bouleversée.

Cordélia constata qu’effectivement elle avait les yeux pleins de larmes. Elle finit par sortir de la voiture, légère comme une brume de vapeur.
La porte était entr’ouverte et quand Cordélia entra, Mildred était déjà dans la chambre de Pascal. Elle trouva son oncle alité et visiblement mourant. Mildred encore plus pâle que d’habitude assise auprès de lui. Elle portait à présent une jolie robe à fleurs. Il souriait.

- Enfin Martine, mon amour !

- Pourquoi n’es-tu pas venu à mon chevet quand j’étais mourante ? demanda Mildred.

- Quand cela s’est passé, j’étais en déplacement, je ne l’ai su que deux semaines plus tard, je voulais te faire une surprise et te demander de m’épouser ! J’ai failli mourir de chagrin ! tu es venue me chercher ?

- Oui dit-elle, je ne sais pas pourquoi ni comment, mais c’est bien ce que je suis venue faire.

Cordélia vit une lumière intense emplir la pièce. Elle put voir l’âme de son oncle sous la forme d’une longue flamme dans lequel on distinguait la silhouette du jeune homme qu’il était autrefois enlaçant Mildred. En un instant ils se fondirent en un long baiser et disparurent.

Cordélia resta seule un moment devant le corps sans vie de son oncle.
Elle ressentit une drôle de solitude. Mildred lui manquait déjà. Tout à coup quelqu’un frappa doucement à son épaule. Elle se retourna vivement, certaine jusqu’ici d’être seule dans cette pièce.

- N’ayez pas peur ! je cherche un foyer, voyez-vous jusqu’ici j’étais logé chez Pascal, nous nous entendions très bien ! mais il a suivi la lumière avec cette jolie fille, quelle chance il a ! mais à présent je ne sais pas où aller !

C’était un homme d’une quarantaine d’années vêtue d’un costume noir à queue de pie et coiffé d’un haut de forme, il apparut perché sur la commode devant elle, entouré de la fumée grise d’un cigare. Cordélia frissonna, encore un fantôme !! soudain inspirée elle demanda :

- Vous êtes l’esprit de Noël ?

- Quoi ? Ah non, je ne crois pas...

Voyant la déception dans le regard de celle dont il souhaitait squatter pendant les prochaines années la maison, il ajouta avec malice :

- Mais je suis celui du Nouvel An et de plus je porte chance ! vous verrez !

Cordélia scruta le visage blafard du fantôme qui venait de se fendre d’un sourire affligeant et se souvenant de son ancienne colocataire de l’au-delà, elle conclut que les ectoplasmes avaient en commun un goût prononcé pour le mensonge. Elle hocha la tête et se dit que peut-être, la biographie de Mildred pourrait se prolonger par celle de cet inconnu pour devenir un recueil de contes fantastiques et, qui sait ? Pourrait-elle un jour le proposer à un éditeur amateur de jolies histoires étranges ?

FIN

Ecrit par Marie-Laure Bousquet Moison

Auteure de romans à suspense ainsi que de romans d’aventures, je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou étranges.


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