La scène s’ouvre sur quatre personnages qui conversent âprement sur un rondpoint, ce sont des « gilets jaunes » Ils ne sont pas là pour leur plaisir, il fait froid, ils risquent de perdre leur travail, ils sont désespérés, mais ils sont là pour contester. D’abord parce que le prix de l’essence vient d’augmenter, mais c’est la goutte de carburant qui a fait déborder le vase en déclenchant une immense colère restée jusqu’ici latente.
La France qui fait partie des pays riches compte de plus en plus d’inégalités et le fossé entre pauvres et nantis s’est gravement creusé. Des semaines durant, les routes ont été bloquées par une masse impressionnante de Français. Alors l’état va trouver une idée géniale ; laisser s’exprimer les révoltés sur un cahier mis à leur disposition afin qu’ils puissent y déposer toutes leurs doléances.
La mise en scène nous transporte depuis le bord de la route bruyant et enfiévré vers le bureau plus modéré d’une mairie. Ce sont les édiles qui seront chargés de collecter ces fameuses doléances. Un balai digne de Kafka nous est offert où l’incompréhension des uns se heurte à la détresse des autres. Plus tard, la promesse du président de rendre publics ses cahiers de doléances à l’issue du Grand débat national ne sera pas tenue. Ces dizaines de milliers de contributions écrites par les Français durant l’hiver 2018-2019 sommeillent encore dans les archives. Elles sont désormais très difficilement consultables par qui le voudrait même si normalement tout le monde en a le droit, car elles comportent un certain nombre de données personnelles...La folie de ce paradoxe : tout le monde oui, mais... est bien résumé dans la pièce qui par des saynètes vivantes met bien le doigt sur cette énormité. Après le remue-ménage feutré des mairies, c’est le silence des archives.

Une pièce de Sébastien Laurier de la Compagnie Jusqu’à l’Aube
Mise en scène : Nicolas Dubreuil & Marine Segalen
Avec Philippe Caulier, Hugo Fernandez, Laurence Marot, Julie Uteau
Création sonore : Guillaume Laidain
Lumières : Mathieu Le Cuffec
Vidéos : Jérémy Hervet
Les acteurs nous happent dans ces batailles qui ont été aussi les nôtres.
Une histoire aux points de vue différents qui donnent une vision d’ensemble pertinente de ce conflit qui s’est terminé dans la confusion.
À voir !
Théâtre en Miettes (Bègles)
2, rue du Prêche
Du 6 au 9 février : 20h (dimanche à 15h)



Sur le même sujet
DOLEANCES 404 not found prochainement à Bordeaux
DADDY Au Tnba
Martin Parr révèle nos rituels sociaux à la Cité du Vin
À Bordeaux, trois regards féminins sur les fêtes valenciennes
Bordeaux : la ville devient galerie photo à ciel ouvert
La première du Printemps Décolonial de Bordeaux