Le Verdon

Il y a 75 ans la poche du Verdon était libérée

Les 19 et 20 avril 1945 les troupes allemandes présentes à Soulac et au Verdon se rendent mettant un point final à l’occupation de la Gironde. Antoine Lebègue, auteur de l’« Histoire des Aquitains¹ » et d’une étude sur la reconstruction du port de Bordeaux² retrace cet épisode marquant de l’histoire régionale.

Le 28 août 1944 Bordeaux est libérée. Mais à quelques dizaines de kilomètres, au nord du Médoc, les Allemands occupent toujours les « poches » de Royan et du Verdon. La libération de Bordeaux les a même renforcées en permettant aux fusiliers marins, les seules troupes d’élite présentes dans la capitale aquitaine de rejoindre l’embouchure de l’estuaire. Le canton de Saint-Vivien est littéralement coupé du reste du Médoc et de la Gironde. Protégés au sud-est par les marais bordant la Gironde, les Allemands creusent un fossé anti-char courant de l’océan à l’estuaire au sud de Soulac. Les Français se positionnent au sud de Montalivet et Vensac. Un no man’s land de deux kilomètres de large sépare les lignes allemandes et françaises. Ce face-à-face rappelant la « drôle de guerre » pourrait durer sans trop inquiéter les nouvelles autorités françaises. Mais le ravitaillement de la France commence à poser de sérieux problèmes. Le Havre et Brest étant détruits, Cherbourg, Marseille et Toulon étant utilisés en priorité par les services militaires alliés, il convient qu’un port en bon état puisse être mis à la disposition des services civils. Certes, Sète et Port-Vendres ont été déminés. Mais leur débit est assez faible, alors qu’il faut débarquer des dizaines de milliers de tonnes de ravitaillement venant du Canada, des États-Unis et d’Amérique du Sud, sans parler des envois des territoires d’outre-mer. Un port atlantique paraît souhaitable pour ces déchargements et Bordeaux, non utilisée pour les convois alliés, semblent remplir toutes les conditions requises. Pendant plusieurs mois toutefois la priorité du gouvernement reste l’évolution de la campagne au nord et à l’est.

Blindé français à l’Amélie en avril 1945

Fin novembre l’Alsace est libérée et l’état-major prépare l’intervention en Médoc de la 1ère division des FFL. Mais la contre-offensive allemande dans les Ardennes puis en Alsace durant l’hiver 44-45 fait remettre le projet. Réduit aux seuls effectifs régionaux, le général de Larminat, commandant en chef du Front de l’Atlantique, ne peut pas monter une opération de grande envergure. La « drôle de guerre » se prolonge jusqu’en mars 1945, rompue seulement par les incursions des blindés allemands sur la route de Bordeaux, le CD1. Inférieurs en nombre mais puissamment armés et bien entraînés, les Allemands sont maîtres du jeu face à ces « va-nu-pieds du Médoc³ » mal équipés, insuffisamment nourris et sans formation. Ces contre-attaques nourrissent les rumeurs. Aux phases de crainte, « ils reviennent », succèdent des périodes d’espoir dans un assaut des maquisards. Pour que celui-ci puisse être lancé il faut des troupes régulières. En avril elles sont là. Le 13 avril la décision d’attaquer est prise. Le lendemain à 6 h 30 les combats commencent. Le 16 Montalivet tombe, le 18 vient le tour de Soulac, le 19 les Français s’emparent du Verdon et le 20 dans la soirée les derniers défenseurs allemands de la Pointe de Grave finissent par se rendre. Au prix de rudes pertes en vie humaines la brigade du Médoc sort victorieuse de cette guerre de six jours. Mais l’accès au port de la Lune n’est pas dégagé pour autant, les Allemands ayant systématiquement détruit tous les avant-ports, dont le môle d’escale du Verdon, et méthodiquement sabordé tous les navires présents dans l’estuaire et la Garonne afin de bloquer – et pour longtemps – le chenal de navigation.
Môle du Verdon après sa destruction en une
Sources*
¹ « Histoire des Aquitains » pp 292-294, Éditions Sud Ouest 2003.
² « La stratégie du port de Bordeaux » in « Bordeaux et la Gironde pendant la
reconstruction 1945 – 1954 » Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine 1997.
³ « Les Va-nu-pieds » Éditions Universitaires, ouvrage de témoignage, Robert Escarpit ayant participé à la campagne du Médoc.

Ecrit par Antoine Lebegue


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