Bordeaux

La nostalgie du futur : Pasolini - Le Blanc - Marnas

« De son long compagnonnage avec l’œuvre et la pensée de Pier Paolo Pasolini, Catherine Marnas tire, pour ouvrir cette nouvelle saison du TnBA, un vibrant appel à la résistance, écrit avec le philosophe Guillaume Le Blanc. »



Dès le début du spectacle, au cœur du canevas, en unités de lieu, de temps et d’actions, des images projetées extraites de films, vidéos et autres entretiens matassin* et sonores d’interviews de Pasolini, vous plongent dans un univers de prestidigitateur et de funambule qui déjà posent questions … En parallèle sur le plateau, devant une surprenante et superbe fresque projetée, représentant des peintures religieuses de la Renaissance italienne, une sorte de no mans land de plancher de bois blond entrelacé, torturé, comme les mots en écho, une barque, échouée, interroge sur son passé, composé, son futur aussi … Cette construction collective de mots entrelacés, de personnages à identifier, de voix, de rythmes et de confusion très élaborée c’est la baguette magique et la grande illusion mixées pour le plaisir des sens soudainement en éveil … Et déjà la révolte de ces deux hommes – peut-être en 1975 sur cette plage d’Ostie – Yacine Sif El Islam ( jeune comédien d’une élégance rare et d’une belle force dans son monologue vibrant de rage) et Franck Manzoni ( tout en délicatesse et puissance) en corps à corps déchaîné, corpus amoureux ou assassin, en écho avec les mots justes et limpides de Bénédicte Simon, metteure en scène, chef d’orchestre, caméléon témoin surprenant qui tout au long de « ces complicités » nous interpellera, nous surprendra
… Nous, public, quelquefois désorienté, abasourdi mais souvent conquis. En miroir contemporain de ce présent les errances imperturbables, mécaniques, d’un drôle de couple, Julien Duval (excellent) et Olivier Pauls (surprenant) sorte de clochards d’avant, de clowns célestes comme Beckett ou Charlie Chaplin auraient pu les imaginer, de migrants perdus d’aujourd’hui dans ce monde qui n’est pas le leur nous interpellent, nous émeuvent, nous amusent ou nous intriguent.

La nostalgie du futur

Et puis, le message final, l’engagement solennel, ponctué, au micro ; l’espoir du retour des lucioles disparues dans la pollution envahissante, l’envie de révolte et de monde meilleur … Certainement le vœu de Catherine Marnas, metteure en scène sincère et habitée qui réussit là encore, en équipe, dans ce moment tellement inédit au théâtre à nous émouvoir, nous transporter et nous séduire. «  Pierre Chep » Mais laissons-lui le mot de la fin. Pier Paolo Pasolini est familier pour moi. Il m’accompagne, il est mon amer dans l’interrogation du présent, l’évolution de nos sociétés. À la fois modèle et contradicteur, il est un fantôme bien vivant. … Mais il est aussi pour moi un paradoxe permanent : je dialogue avec lui, je m’engueule même parfois. On ne peut pas avec Pasolini s’installer dans le confort d’une pensée molle. J’ai toujours senti avec lui une familiarité et une étrangeté. Il n’est plus notre contemporain, l’époque à laquelle il vécut est finalement aujourd’hui assez lointaine et pourtant il conserve une pertinence de visionnaire. Il ne s’agit pas de faire de lui une pythie oraculaire, il aurait détesté ça. Mais sa vision si tranquille du monde, son inscription « en contre » avec une profonde bienveillance me manquent dans notre époque où misanthropie et nihilisme semblent les seuls garants d’une lucidité réaliste. Catherine Marnas
*matassin : Danseur bouffon dont le costume traditionnel comportait toutes sortes d’attributs clinquants : corselet, casque doré, sonnettes, épée et bouclier.

Ecrit par Pierre Chep


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