Bordeaux

Le foot vu par le musée d’Aquitaine, une agréable surprise

Du 8 juin au 30 octobre, le musée d’Aquitaine présente l’exposition « Football, à la limite du hors-jeu ». Surprenantes et décalées, venez découvrir les œuvres d’artistes du monde entier autour du ballon rond.



Pour entrer dans l’exposition… suivez les pingouins ! Cette première note détonante donne le ton. Paul Matharan a en effet conçu cette exposition avec une large dose d’humour, une manière, dit-il, de « faire réfléchir les gens, d’amener un propos sérieux et d’ouvrir les discussions ». Les surprises se multiplient alors que l’on traverse les différentes salles, et chaque blague cache un sujet de société important.
« Le sport est un thème récurrent et important dans nos vies. Par la dimension universelle du football, il a été compliqué de monter cette exposition, de lui donner un caractère plus régional. » La difficulté a finalement été surmontée puisque le musée propose une quinzaine de thématiques et de nombreuses œuvres venues de différents pays dans le monde. La première thématique joue sur l’identité. Les symboles forts comme les drapeaux, les emblèmes nationaux se côtoient dans un premier espace. Et avec eux, une première question de fond : comment reconnait-t-on ou rejette-t-on l’identité de l’autre ? Est-ce que les supporters acceptent de se mélanger à leurs adversaires ou l’association sera-t-elle trop explosive ? Une thématique qui connait de douloureux échos dans l’actualité…

Paul Matharan

La suite de la visite offre une large part à la mondialisation, l’universalité du football et son aspect socialisant. Au travers d’images recueillies partout dans le monde par différents photographes, le foot se décline sous différents aspects. Aux moyens de vieux chiffons, de ballons troués ou d’objets détournés, tous les enfants du monde jouent au football. « Ils inventent leurs propres règles et ils n’ont pas toujours les équipements coûteux que l’on voit à la télévision mais cela permet de créer un lien social inattendu et universel », explique Paul Matharan.
Les artistes ont également souhaité dénoncer les travers d’un sport sur-médiatisé, où l’argent règne en maître. Les questions de racisme, de scandales financiers et politiques sont abordées de diverses manières. Ainsi, la statue d’un footballeur doré face à son miroir évoque l’individualisme et la starification des joueurs tandis que le détournement des marques de sport rappelle les conditions de travail misérables qu’endurent ceux qui fabriquent les équipements sportifs.
L’avenir du sport est également mis en scène. Dans une grande boîte à chaussure, une chambre d’ado a été recréée. Sur l’écran de télévision, le jeu vidéo FIFA tourne en boucle, rappel que l’E-Sport occupe une place de plus en plus importante et reconnue.

Made by slaves for free people

A l’étage, l’exposition est plus centrée sur les acteurs de ce monde. Des vignettes Panini géantes se moquent gentiment des coiffures extravagantes de certains joueurs professionnels. En face, des mannequins montrent l’évolution des classes sociales touchées par le football. Depuis les collégiens anglais jusqu’aux nouveaux héros bling-bling en passant par les jeunes de banlieue, le foot a su conquérir tous les publics.
La théorie des genres est également revisitée. Dans une coiffeuse en bois, des produits de beauté masculins sont soigneusement rangés, tandis que sur le miroir, les photos de femmes au combat ou en tenue de sport sont affichées. Un artiste londonien a lui aussi voulu dénoncer le sexisme trop présent dans le milieu du football. Il a installé dans le musée des bancs de vestiaire auxquels sont accrochés des escarpins à crampon.
Une salle entière a été laissée aux bons soins des supporters. Les Ultramarines, fervent soutien des Girondins de Bordeaux, ont décoré la salle avec de nombreuses écharpes, des billets de matchs, une maquette de stade… Ils affichent quelques-uns de leurs slogans anti-racisme et leurs appels à un sponsoring moins envahissant.

Une salle entièrement dédiée aux Ultramarines

La relation entre le football et les politiques est aussi évoquée à travers quelques installations et grâce à des images de l’INA montrant les hommes politiques français jouant sur les terrains de foot. « Une manière pour eux de se rapprocher des électeurs », explique Paul Matharan.
La dernière salle est celle de la vénération : le football est-il la nouvelle religion ? Les fausses reliques de joueurs font sourire les Européens alors qu’un film montre à côté des pays d’Afrique où l’on trouve de plus en plus de fétiches représentant les joueurs de foot. Des livres autobiographiques de joueurs sont exposés comme des idoles. D’autres films accentuent les ressemblances entre les supporters de foot et les croyants pendant la semaine sainte en Espagne. Une même ferveur se dégage des deux foules.
On retiendra finalement de cette exposition l’omniprésence du football dans le monde et notre société. Les thématiques posent de vraies questions qui permettront aux fans et aux personnes plus désintéressées de se retrouver autour de sujets communs. Une exposition très réussie qui a déjà accueilli de nombreux curieux, Français comme étrangers, et qui attirera encore certainement beaucoup de monde.

Ecrit par Cécile Darrivère

Etudiante Ecole de journalisme de Lille


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