Mascarade

Mascarade : Chapitre II

Un évènement mystérieux se prépare pour le prochain carnaval de Bordeaux. (Chapitre 2)

Le jeune homme souffrait ; blessé dans l’exercice de son métier, une branche de gui fichée dans son bras qui s’y était enfoncée douloureusement. Une fatigue intense l’avait envahi et l’avait accablé, comme jamais.

Dylan dormit deux jours, il se leva enfin, affamé, et pour le coup, en pleine forme. Il ne s’était jamais senti aussi fort et aussi chargé d’énergie. Il vivait seul dans un minuscule studio dans le quartier Saint-Michel de Bordeaux. Ce qu’il gagnait avec son métier d’élagueur ne suffisait pas à le faire vivre et les weekends, il travaillait pour un détaillant à vendre des fruits au marché des Capucins. Il économisait se privant de tout pour un jour acquérir un terrain et y faire pousser des arbres fruitiers et des légumes. Il ouvrit le réfrigérateur et constata navrer qu’il était pratiquement vide à l’exception d’une cuisse de poulet et d’un vieux chou-fleur. Il engloutit le tout sans se poser de question. Ensuite vint la soif et il but plusieurs litres d’eau. Enfin il regarda sa montre et une heure plus tard, il était sur la place devant le marché dans laquelle une foule colorée se pressait autour des étals. Il aperçut Alvin qui vint à lui en râlant.

- Dis donc ! tu n’as pas l’impression d’avoir oublié quelque chose ?

- Non, pourquoi ?

- Tu n’as pas l’impression d’être légèrement en retard ? Hier ! tu n’es pas venu !

- J’étais malade, je me suis blessé.

- Et tu ne pouvais pas me le dire, un coup de fil par exemple, histoire que je puisse demander à quelqu’un d’autre... Bon alors tu t’es blessé où ça ?

- Sur un chêne, j’étais en train de le nettoyer et...

- Je me doute que ce n’est pas en reprisant des chaussettes ! quand je te demande où, je veux dire sur toi.

Dylan retroussa sa manche et tendit son bras. Son patron poussa un cri.

- Qu’est-ce que c’est que ça !

Sidéré, le jeune homme ne disait plus rien, rabaissant vivement sa manche en regardant autour de lui si quelqu’un d’autre avait pu voir comme eux deux, son avant-bras entièrement tavelé de marques verdâtres.

- Ce n’est pas vrai ! bon sang, va vite au toubib ! t’as bouffé un truc dégueulasse, tu as bu de l’eau de centrale nucléaire ? Tu t’es battu ?

Alvin disait cela d’un air dégouté. Dylan s’étonna de la démonstration d’imagination dont faisait preuve son patron. Il n’osa pas parler de la branche de gui qui en se plantant dans son bras avait déclenché cette irruption chlorophyllienne. Son esprit lui dicta une autre possibilité et le mensonge qui allait avec pour expliquer l’inexplicable.

- Je suis tombé.

- Et ?

Le reste du mensonge vint tout seul :

- Et je suis allé aux urgences, mais en fait ce n’était rien, juste des contusions.

- Et cette couleur ? Non ne me dit rien, on a du travail, il y a du monde ce matin et puis met des gants.

Dylan soupira, ils regagnèrent le stand. Rachid, déjà sur place, tout en remplissant une poche de choux de Bruxelles, discutait avec une jolie cliente emmitouflée dans une parka blanche. Dylan mit son tablier et contempla avec envie les beaux légumes. Les choux vert foncé bien rangés luisaient de fraicheur à côté d’un bataillon de carottes des sables. Des bulbes de fenouil bien rebondis hissaient leurs petits pavillons hirsutes près des longues branches élégantes du céleri. Il voyait tout cela comme si c’était la première fois, il ressentait une réelle émotion qui le prit un instant à la gorge. Une vieille dame interrompit sa rêverie.

- Coucou Dylan ! vous êtes bien dans la lune.

Le patron qui rangeait derrière lui des cageots d’épinards leva le nez. Dylan se reprit.

- Madame Caillou ! excusez-moi, je vous écoute, qu’est-ce qui vous ferait plaisir aujourd’hui.

- Ho mon grand si je vous disais, mais à mon âge...bref, quelques radis pour commencer.

Dylan sourit largement, il l’aimait bien cette petite madame Caillou, elle venait tous les samedis à la même heure et plaisantait toujours avec lui. Quand il tendit la poche de radis à sa cliente sa manche se retira un peu laissant voir son poignet verdâtre et une petite trace de piqure plus sombre. La vieille dame resta pétrifiée. Dylan gêné repoussa sa manche sur son poignet. Alors elle prit lentement la poche et offrit un bon sourire à Dylan. Elle murmura :

- Ça alors ! ce gentil petit Dylan est allé cueillir le gui et nous a ramené quelque chose...

- Quoi ? Comment vous savez... ?

Elle mit son doigt sur sa bouche pour lui intimer de se taire. Elle fouilla dans son sac et quand elle paya, elle glissa une carte dans la main du jeune homme.

- Appelez-moi, il se peut que j’aie des réponses à vos questions.

Le dimanche se termina et Dylan rentra chez lui. Il prit une douche et dans le miroir, il put voir sur son corps tout un réseau de taches irrégulières vertes. Heureusement son visage avait été épargné. Il pensa à consulter un médecin, mais le fait est qu’il n’avait pas mal. Aucune gêne, aucune douleur alors il repensa à la vieille dame.

La suite mercredi prochain

Ecrit par Marie-Laure Bousquet Moison

Auteure de romans à suspense ainsi que de romans d’aventures, je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou étranges.


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