Bordeaux
Les pavés résonnent aux pas des promeneurs, faisant frissonner le calme serein de la rue Poquelin Molière. Le souffle discret d’ une force intérieure habite de sa constante présence cet axe tranquille entre Sainte Catherine et Vital Carles.
Combien de femmes, d’ hommes et d’ enfants empruntent la ruelle sans se soucier de cette plaque rouge fixée au mur ? Le monde urbain et son agitation facilite l’ inaperçu et malgré tout dans ce vacarme et ce mélange existe parfois, caché derrière une porte un trésor d humanité.
C’est ici qu’un beau jour de 1956, un homme décida d’ offrir son talent et son amour du judo. Arrivé en 1953, à la demande de la fédération française Maître Michigami va oeuvrer à la progression du judo français, dont il restera entraineur 41 ans, dans la pure tradition de ce qu’ il a appris là-bas !
Le temps revêt un tout autre aspect lorsque doucement ce lieu nous ouvre ses bras. Le petit bureau du Maître en rentrant à droite est resté intact. Tout est en place comme si, une minute avant, il était là méditant sur ce désir de transmission qu’ il avait au plus profond de lui-même, tout droit venu du soleil levant !
Si la curiosité vous y pousse, elle ne sera pas un vilain défaut ! Osez entrer dans cet havre de paix, dans lequel, voici plus de quarante années, un certain Bruno Robert vient se ressourcer.
Arrivé en 1962, ce jeune judoka ne savait pas qu’ il serait le gardien de l’ âme Michigami plus d’ un demi-siècle plus tard. Ce grand bonhomme, au regard doux, évoque le "Maître" avec beaucoup d’ amour et de respect. Rien ne doit changer car la vérité est là sur ce tatami ancien, renforcé de mousse dessous et de tapis plus souples dessus, tel était la volonté du "Maître" !
Ce club privé et autonome, dépourvu de toute subvention, vit discrètement comme s’ il fallait garder un secret. Bruno Robert confie librement son attachement à la culture de l ’amitié et à cette simplicité rigoureuse qui imprègne cet espace dédié à la tradition.
Pourtant ce lieu n ’est pas indestructible et les sirènes menaçantes de l ’immobilier viennent noircir le blanc kimono de l’ humilité. Même inquiété, Bruno Robert garde les yeux fixés sur le futur, vers ces adhérents, qui n’ ont que faire du dojo flambant neuf de je ne sais où !
Son dojo à lui, c’est celui-ci, inchangé, entretenu, unique ! Cette image est ce que vous verrez en rentrant, juste aprés le bureau à droite. Bruno Robert y sera, à coup sûr, penché sur la balustrade à encourager les petits, à conseiller les grands, à penser que de cette photo, face à lui sur le mur, Maître Michigami va descendre et enseigner à combattre.
C ’est ainsi que pour tous ceux qui pensent JUDO, qui respirent JUDO, qui transpirent JUDO, le destin de cette école, pas comme les autres, mérite un immense intérêt ! Dans ce sport aux valeurs formidables et même si tout évolue, ce qu’ il y a là entre ces quatre murs impose le respect.
Mâitre Michigami n’aurait pas voulu qu’ on l’ aide, il aurait souhaité que l’ on s’ entraide ! Maître Michigami n’aurait pas voulu que cela change, il aurait souhaité que l’ on échange !

Ecrit par Denis Lalanne
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