Querelle de voisinage

Querelle de voisinage : Chapitre III

Deux voisines à la suite d’une dispute terrible se vouent une haine farouche, mais le destin va s’en mêler. (Chapitre 3)

Miranda qui faisait preuve de sagesse et de sang-froid pour calmer Mathilde changea de sujet.

- Dis-moi, Mathilde, ça va toujours à la fabrique ?

- Oui répondit machinalement l’interpellée qui se remettait à peine de la vision de son gentil petit minet devenu une énorme panthère noire, et toi tu fais encore le ménage chez les riches ?

- Oui, il faut bien que je bouffe, ce n’est pas Paulo avec son taf à mi-temps de chauffeur qui va réussir à payer l’emprunt pour la maison et le voiture.

La sincérité de Miranda déconcerta un peu Mathilde qui pour le coup s’en voulut d’avoir été aussi ironique. Devant sa mine gênée, Miranda crut bon d’ajouter.

- Tu sais ils ne sont pas si riches, et certains sont parfois plutôt sympas. Ton Aymar est à la retraite, et toi les boules de chocolat ça roule ?

Elle faisait allusion au métier de Mathilde « contrôleuse » de boules de chocolat de Pâques dans la chocolaterie. Mathilde qui sentait une pointe de raillerie dans la dernière phrase, allait répliquer quand elle s’arrêta. Sur l’épaule de Miranda venait de descendre et de s’installer avec une délicatesse extraordinaire une énorme araignée. Miranda vit Mathilde se baisser pour ramasser une grande palme de dracaena et la brandir. Ignorant le monstre qui s’était posé sur son épaule, elle crut qu’elle allait la frapper, mais Mathilde attrapa délicatement sans la toucher l’animal pas très vivace pour la jeter au loin. Miranda en voyant l’apprentie tarentule, poussa un cri. Mathilde sursauta.

- Mais ce n’est rien ! tu as peur des araignées ? Ça alors, qui l’aurait cru ?

- Je déteste ça, et là j’ai été surprise... Elle était ...très... grosse !

- C’est très utile les araignées, ça piège les moustiques dans leur toile et ...

Elle s’arrêta ; un vrombissement d’avion qui volerait à très basse altitude fendit l’air.
Un gigantesque moustique, certainement attiré par la conversation, fendait les airs pour se diriger vers elles. Affolées, les deux femmes s’enfuirent pour se cacher de ce monstre assoiffé de sang.

Mathilde et Miranda perdues dans ce monde bizarre ne savaient où aller pour se mettre à l’abri. A cinquante ans, on ne court pas aussi vite qu’à vingt ans, mais en l’occurrence les deux voisines se découvrirent une énergie inattendue pour cavaler aussi vite qu’elles le pouvaient. Malheureusement, dans l’affolement, leurs chemins se séparèrent. Miranda regagna la cascade et sauta dans l’eau froide pour se garder du moustique et Mathilde s’engouffra dans un buisson géant d’asparagus plumosus, le même qui accompagnait si joliment le bouquet de fleurs d’Aymar. Le moustique disparut enfin et les deux femmes sortirent de leur cachette pour constater qu’elles étaient seules. Elles cherchèrent à se retrouver sans oser s’appeler.

Alors la nuit tomba les enveloppant de solitude et d’angoisse.

Les deux femmes, chacune de son côté se demandait pourquoi elles n’étaient pas restées ensemble quand l’horrible moustique les avait attaquées. À présent, seules et effrayées, elles attendaient que le jour se lève, incapable de dormir et impatientes de retrouver celle qui quelques heures avant était la personne qu’elle détestait le plus au monde. À peine cette idée eut-elle traversé leur esprit à chacune et en même temps, que le jour réapparut. Mathilde se releva avec entrain et tenta de refaire le chemin à l’envers pour retrouver Miranda. Elle criait tout en se rapprochant du lieu où elle pensait qu’elles s’étaient séparées.

- Houhou ! Miranda, où es-tu ? Houhou !

- Je suis là !

Dit une petite voix étouffée. Mathilde s’approcha et vit Miranda affalée par terre avec Pirouette IV descendant direct de Pirouette I, le ratier d’origine ; celui qui avait bénéficié selon Mathilde du collier volé à son cher toutou. L’animal ronflait paisiblement endormi sur sa maitresse qui avait de plus en plus de mal à respirer et qui n’osait et ne pouvait bouger. Le problème, c’est que le ratier plutôt petit d’ordinaire, pesait tout à coup ses cent quarante kilos. Comme Osiris la veille, les deux femmes étaient étouffées par l’amour inconditionnel de leurs animaux de compagnie. Mathilde l’appela.

- Pirouette ! mais ne put s’empêcher de murmurer ...cacahouète...

Celui-ci leva la tête et reconnaissant la voisine si belliqueuse se mit à grogner. Visiblement, il n’aimait pas l’ironique refrain qui amoindrissait la portée frétillante et gracieuse de son patronyme. Il se leva, le poil tout hérissé sur son dos, les babines retroussées comme celles d’un loup. Mathilde qui n’en menait pas large chuchota :

- Tout doux Pirouette, gentil chienchien.

Miranda les regardait fascinée par la scène. Elle se leva quand même péniblement se jurant de se remettre au sport. Enfin, elle jugea que Mathilde avait suffisamment enduré sa peine.

- Vient ici Pirouette, sage, au pied.
Le ratier géant obéi, étonné sans doute de l’effet produit par ses menaces sur la voisine et au grand soulagement de Mathilde.

- Dis donc, il est drôlement bien élevé ton clebs !

- Oui, j’ai pensé, il y a longtemps qu’un chien doit être discipliné.

- Ah bon, qu’est-ce qui s’est passé ?

- Pas grand-chose, mais un jour j’aurais préféré qu’il m’obéisse...Peut-être que je te raconterai cette histoire, une autre fois.

- Comme tu veux, on continue à chercher la sortie ?

- Oui, on n’a pas le choix à moins qu’on décide de rester là.

- Tu es sérieuse ?

- Mais non ! je veux retrouver ma vie et mon chien comme il était et accessoirement mon mari.

Elle éclata d’un rire communicatif. Les deux femmes se turent tout à coup, devant elles une fourmi géante les menaçait. Elle était noire luisante avec des antennes d’une étrange longueur et des crocs effilées. Ses yeux d’un rouge sang scrutaient les deux intruses avec cruauté. Paralysées de peur, elles eurent un temps de sidération qui permit à la fourni de se jeter sur elles. Alors dans un réflexe de survie, elles s’échappèrent, mais cette fois dans le même sens. Miranda qui en avait maintenant l’habitude sauta dans le torrent, mais Mathilde s’arrêta sidérée.

- Qu’est-ce que tu fous ? Saute !

- Je ne sais pas nager !

- Quoi, tant pis ! saute je te soutiendrai.

Mathilde sembla hésiter puis voyant la fourmi qui allait l’attraper avec ses longues pinces pointues, elle sauta dans l’eau en se bouchant le nez comme elle avait vu Aymar le faire à la piscine. La fourmi géante et sanguinaire jugea peut-être que l’eau était trop froide ou bien trop bouillonnante, en tout cas, elle rebroussât chemin. Dans le courant, Miranda avait accroché Mathilde qui faisait des mouvements de brasse improvisés, ce qui eut l’avantage de la maintenir un peu à la surface de l’eau. Entrainées au loin, les deux femmes et surtout Miranda qui devait préserver Mathilde du naufrage, luttaient pour se rapprocher de la rive. Dans un dernier effort, Miranda accrocha des roseaux qui pendaient comme de grands bras maigres tendus vers elle pour s’y agripper.

La suite mercredi prochain !

Ecrit par Marie-Laure Bousquet Moison

Auteure de romans à suspense ainsi que de romans d’aventures, je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou étranges.


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