Querelle de voisinage

Querelle de voisinage : Chapitre IV

Deux voisines à la suite d’une dispute terrible se vouent une haine farouche, mais le destin va s’en mêler. (4ème et dernier chapitre)

Mathilde voyait bien que Miranda palissait et pendant une seconde, elle se demanda si elle n’allait pas avoir un malaise, du coup, elle fit un effort surhumain pour s’agripper à son tour à un petit rocher qui affleurait et ainsi la libérer pour qu’elle puisse se hisser hors de l’eau, ce qu’elle fit tout en maintenant Mathilde qui put, elle aussi, sortir de la tourmente. Épuisées, allongées sur le dos, les deux femmes ne disaient rien éberluées par cette succession d’évènements qui ne leur laissaient pas le temps de réfléchir ou de se reposer. Là-haut, sur le dôme de verre coloré, un nuage factice passait immobile au-dessus d’elles.

- Cela me rappelle le vitrail au-dessus de la porte de chez mes parents.

Dit Miranda. Mathilde se retourna vers elle.

- Tu as des enfants ?

- Un fils, il est dans l’armée à l’étranger, je ne le vois jamais.

- Et toi ?

- Non, ça n’a pas marché... On n’était pas compatibles, alors, on n’a pas insisté, c’était le destin. On a pensé à adopter, mais c’était si compliqué et si long, qu’on a laissé tomber. Je regrette un peu aujourd’hui.

Il y eut un silence. Elles ne disaient rien, elles comprenaient que pendant toutes ces années de haine et de disputes, elles ne savaient rien de celle qui vivait à quelques mètres de chez elles, séparées par un palier et deux portes. Elles eurent honte. Mathilde osa parler de leur première querelle.

- Alors, tu as tué mon chien pour lui voler son collier ? Oui ou non ? avoue qu’on en finisse.

- Mais bien sûr que non !

- Alors, comment tu expliques que Pirouette avait le collier de mon cher Toutou ?

- C’était bien le collier de Barbichon...

Mathilde aurait préféré que Miranda lui trouve une autre explication, elle retint un sanglot dans la gorge.

- Mais ce n’est pas ce que tu crois. Je te voyais souvent promener ton chien et je pensais même que l’on aurait pu devenir des amies. Je venais d’emménager et je ne connaissais personne, j’avais même prévu d’engager la conversation sur nos chiens et voilà qu’il y a eu cette journée.

Mathilde s’était relevée prête à bondir et Miranda dans un même mouvement se leva aussi continuant sans flancher le cours de son histoire.

- Un matin, il y eut un coup de frein terrible et j’ai vu Barbichon se faire renverser par une voiture, il est mort à mes pieds.

L’affaire avait eu lieu trente ans auparavant, pourtant les deux femmes en étaient encore émues. Mathilde chuchota :

- Il n’a pas été empoisonné ?

- Non, je l’ai ramassé et je l’ai porté chez moi enveloppé dans mon gilet. J’en pensé que tu serais trop triste de le voir gisant dans la rue comme ça. On voyait un peu de sang qui coulait de sa gueule, alors je l’ai essuyé, sinon, on aurait dit qu’il dormait. Et puis, une fois à la maison, je ne sais pas ce qui m’a pris.

- Le collier ?...

- Oui, il brillait tant que cela me parut indécent, c’était comme une grimace à la mort, je ne sais pas si tu comprends ça ? Il semblait se moquer de Barbichon.

- Du strass, c’était comme des petits diamants en toc, je trouvais ça joli, Aymar lui, il disait que c’était ridicule.

- Pirouette n’arrêtait pas de sauter autour de moi. Et puis il s’est arrêté comme s’il avait compris. Il s’est assis et s’est mis à gémir.

- Ah bon ! tu es sûre que c’était pour ça ?

- C’est ce que j’ai pensé. Alors, va savoir pourquoi, je me suis mise à parler à Pirouette, je lui disais que c’était le destin, et puis je lui ai dit d’autres choses que j’ai oubliées et puis j’ai sorti ce foutu collier si brillant de Barbichon et je l’ai mis au cou de Pirouette. Je te jure, c’était stupide, mais j’ai trouvé que cela allait bien à Pirouette. Et puis le téléphone a sonné, c’était Paulo. Je lui ai dit ce qui s’était passé et il m’a dit de te rapporter ton chien. Alors je me suis décidé. J’ai complètement oublié de remettre le collier de Barbichon. Je n’ai pas osé frapper à ta porte. Je me suis dit que tu trouverais ton chien là comme s’il avait fait une sorte de crise cardiaque, il parait que les chiens aussi ils ont ça... et je suis rentrée lâchement chez moi. J’ai attendu. Tu as ouvert ta porte et je t’ai entendu pleurer. Cela m’a fendu le cœur alors je suis ressortie et c’est là que j’aurais préféré que Pirouette m’obéisse et reste dans la maison.

Mathilde revoyait la scène avec sa jeune voisine qui était apparue pour la consoler, c’est alors qu’elle avait vu Pirouette et le regard affolé de Miranda. C’est à cause de ce regard qu’elle avait regardé le chien frétillant et plein de vie et qu’elle avait vu le collier. Elle sentit que surtout elle en avait voulu à cet animal qui la narguait. Elle soupira.

- Je comprends, quelquefois on fait de drôles de choses stupides. Alors la cravate ?

- Bien sûr, je lui ai chipé à la dernière réunion de copropriétaires, tu n’étais pas là et j’ai vu Aymar qui la posait sur la chaise devant lui. Je me suis arrangé pour la lui subtiliser, c’était comme un jeu amusant.

- Tu as un drôle de cerveau inventif, mais quand même assez vicelard !

- Je sais... Je m’en veux, mais je m’ennuie beaucoup, alors j’invente des trucs pour te faire râler.

- Moi, je t’ai volé tes géraniums.

- Quoi ! j’en étais sûre ! et qu’en as-tu fait ?

- Je les ai donnés à ma fille qui habite à Saint Loubès. Elle était très contente.

- Tu m’étonnes.

- Ha et aussi j’ai rayé ta voiture et j’ai dessiné un...

- ça va ! j’ai compris, et bien, toi aussi, dans le style vicieux...

Mathilde éclata de rire alors Miranda la suivit sur le chemin de la réconciliation.
Elles riaient encore quand le drôle de fakir apparut. Cette fois, il était tout bleu comme le génie de la lampe d’Aladin.

- C’est bien mesdames, vous vous en êtes bien sortie. Maintenant je dois m’occuper de vos maris.

- Pourquoi ?

- Disons qu’eux aussi ont mené une petite guerre cachée de tous et qu’ils se détestent autant que vous vous êtes haï.

- Ah bon, je ne savais pas !

- Moi non plus !

À l’heure qu’il est, le génie sortit une énorme pendule de sa poche.

- ils sont en train de vivre des aventures un peu similaires aux vôtres et ils ne reviendront peut-être pas tout de suite... ou bien jamais, qui sait ?

Le fakir disparut en riant. Mathilde et Miranda ne riaient pas quand soudain elles virent apparaitre leurs deux bonhommes qui semblaient épuisés, mais qui discutait tranquillement...Décidément l’ambiance allait être désormais beaucoup plus sereine dans la résidence des oiseaux.

FIN

Ecrit par Marie-Laure Bousquet Moison

Auteure de romans à suspense ainsi que de romans d’aventures, je suis rédactrice à Bordeaux-Gazette depuis 2016 où j’interviens le plus souvent dans les rubriques sur le théâtre, la culture, ou l’Art de vivre. J’alimente aussi la rubrique roman-feuilleton « Et si je vous racontais » avec des nouvelles fantastiques ou étranges.


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