Bordeaux

Sous-chef de gare à Bordeaux-Saint-Jean et figure de la Résistance, Charles Domercq a payé de sa vie son engagement contre l’occupant nazi. Arrêté en juillet 1944, il meurt sous la torture quelques jours plus tard. La ville de Bordeaux lui a rendu hommage dès l’après-guerre en donnant son nom à une rue voisine de la gare. Retour sur le destin d’un cheminot devenu symbole de courage et de mémoire pour les Bordelais.



Un destin bordelais : origines et ancrage local

Né en 1896 à Saint-Paul-lès-Dax, Charles Domercq appartient à une famille de cheminots. Après la Première Guerre mondiale, il rejoint la Compagnie des chemins de fer du Midi. À partir de 1920, il occupe un poste de sous-chef de gare de première classe à Bordeaux-Saint-Jean. Installé avec son épouse rue Fieffé, à proximité immédiate de la gare, il s’intègre pleinement à la vie bordelaise. Son quotidien de cheminot le place au cœur des mobilités urbaines et du tissu social d’un quartier marqué par l’effervescence ferroviaire.

S’engager dans l’ombre : la Résistance

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Domercq est mobilisé puis fait prisonnier en Bretagne avant de réussir à s’évader. De retour à Bordeaux, il rejoint rapidement la Résistance. Il participe à plusieurs réseaux, dont Jade-Amicol, et contribue à l’organisation de filières d’évasion vers l’Espagne ainsi qu’à la transmission de renseignements stratégiques vers Londres.

Le 12 juillet 1944, alors qu’il regagne son domicile après un service de nuit, il est arrêté par la police allemande, probablement sur dénonciation. Conduit au siège de la Gestapo au Bouscat, il est soumis à de violents interrogatoires. Dans la nuit du 22 au 23 juillet, il succombe sous la torture. Son silence jusqu’au bout illustre l’abnégation de nombreux résistants bordelais qui ont payé de leur vie leur fidélité aux idéaux républicains.

Mémoire et hommage municipal

À la Libération, la ville de Bordeaux choisit de perpétuer la mémoire de Charles Domercq. En avril 1946, une délibération municipale officialise la dénomination d’une rue à son nom, jouxtant la gare où il avait travaillé. Dans le hall principal de Bordeaux-Saint-Jean, son portrait est également installé au-dessus du monument aux morts. Ces hommages, décidés rapidement après la guerre, rappellent l’importance que la municipalité accordait alors à la reconnaissance des cheminots résistants, figures centrales d’un combat discret mais déterminant.

Charles Domercq n’a pas laissé d’écrits, mais son silence face à la torture et son engagement discret en disent long sur son courage. Pour les Bordelais, sa mémoire est désormais incarnée par une rue passante, familière aux voyageurs comme aux habitants. Ce choix de toponymie rappelle que la mémoire de la Résistance ne se limite pas aux grandes figures nationales, mais s’enracine dans des destins locaux, inscrits dans les quartiers et les gares. Une manière pour Bordeaux de rappeler, au quotidien, que la liberté s’est aussi construite grâce à l’héroïsme de ses habitants.

Ecrit par Jean-Sébastien Dufourg

Créateur du site Bordeaux Gazette et Président de l’association.


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