Bordeaux

Voyage temporel au cœur de la rue Sainte-Catherine

Actuellement l’allée commerçante et piétonne la plus grande d’Europe, la rue Sainte-Catherine est un centre de la vie bordelaise. Son histoire fragmentée remonte à l’Antiquité, période à laquelle les cités bâtissaient autour de deux voies principales, Sainte-Catherine étant l’une d’elles ( l’axe cardo maximus orienté nord-sud). Elle est un siège de vie sociale depuis des siècles, son paysage évoluant selon les besoins de la société (forum, cimetière, marchés...).

Ce que nous appelons la rue « Sainte-Catherine », concerne au Moyen-Age la partie située entre la place Saint-Projet et le carrefour de la rue Saint-Rémi-Porte Dijeaux. Aujourd’hui, la rue s’étale de la place de la Comédie (ancienne porte du Médoc) à la place de la Victoire (ancienne porte St-Julien), mais avant 1855, cet axe cardo maximus était découpé en plusieurs tronçons de rues, et ceci depuis le IVème siècle de notre ère. La place Saint-Projet était un forum romain, transformé plus tard en cimetière d’une église dont on peut apercevoir le clocher à l’angle de la rue Tustal. La croix conservée au centre de la place, se trouvait au cœur du cimetière, les bordelais commémorant autour d’elle lors de fêtes religieuses. L’origine du nom Saint-Catherine est issue d’une chapelle du même nom logeant à cet endroit (entre le n°50-60). Détruite en 1835 pour bâtir le bazar bordelais (un marché), elle avait été inaugurée en 1048 par les chevaliers de l’ordre de Malte, époque à laquelle le culte de cette sainte d’Alexandrie devenait de plus en plus populaire en ces temps de Croisades.

Axe Sud (Fossé de l’Hôtel de ville, actuel cours Victor Hugo) Nord (porte Médoc)

Avançons légèrement dans le temps, et dirigeons nous au Burger King à l’angle de la rue Sainte-Catherine et du cours Victor-Hugo. Oui, au Burger King, car cet édifice était une ancienne poudrière. Pour l’anecdote, l’hôtel de ville, qui était situé non loin du site ( il s’étendait sur 12 500 m2 de la Grosse Cloche à la rue Sainte-Catherine), fut touché par l’explosion de la poudrière le 13 décembre 1637. Un pâté entier de maison détruit en un instant. Suite à cet incident, le bâtiment devint une salle de spectacle jusqu’en 1698, moins dangereuse pour le quartier. Plus tard de 1728 à 1744, Abraham et David Gradis habitent l’immeuble, mais ceux-ci cèdent leur habitation, sous pression de la jurade qui avait pour ambition d’y construire le Grand Marché. Ce projet fut mis sur papier par la famille d’architectes Bonfin en 1796. Ils sont connu pour avoir réalisé le Palais Rohan et la fontaine de la Grave. Le Grand Marché ouvrit en 1806, et nous pouvons remarquer que la forme du bâtiment témoigne de ce passé : grandes arcades, haut plafond au rez-de-chaussée, les combles devait contenir les réserves.

Angle du cours Victor Hugo et de la rue Sainte Catherine

Quelques décennies plus tard, Marie Victor Julien Lechaux (1840-1900), pharmacien, établit son officine « La Pharmacie Normale » en 1872, au 164 rue Sainte-Catherine, à l’angle de la rue de Gourgue. Son emplacement est stratégique puisqu’il est dans l’artère commerciale de Bordeaux, et près du Grand Marché. Lechaux incarne parfaitement le changement qui s’effectue à la fin du XIXème siècle, dans le monde pharmaceutique, qui profite alors du nouveau modèle économique : le capitalisme. C’est à ce moment là que se développe les produits conçus et vendus de manière industriel, les « spécialités pharmaceutiques »¹ , ainsi que le recours à la publicité. La pharmacie devient commerciale. Il ne s’agit plus d’apothicaires avec des « médicaments » artisanaux. L’échelle de production grandissant, les prix baissant, le nombre de pharmacies augmentant, créant une forte concurrence, les pharmaciens utilisent tous les moyens possibles pour se démarquer et attirer les clients. Voici un extrait datant de 1882 où Lechaux s’adresse à sa clientèle dans un des ses tarifs : « Le succès rapide obtenu par nous n’a pas tardé à exciter la convoitise de faiseurs peu scrupuleux »[...] « Quelques années ont suffi pour faire de notre Maison une des Pharmacies les plus importantes du Sud-Ouest. ». La rue Sainte-Catherine a accueilli de plus en plus de commerce au fur et à mesure du temps, la remplissant de multiples anecdotes aussi loufoques soient elles.

Il n’y a pas encore si longtemps c’était une pharmacie au 164 de la rue Sainte Catherine

Sources :
Annick BELLEGARDE, Guide du Bordeaux médiéval, Ed. Sud-Ouest, 2019.
Annick DESCAS, Dictionnaire des rues de Bordeaux, Ed. Sud-Ouest, 2008.
PHILIPPE PRÉVÔT, RICHARD ZÉBOULON (photo.), Bordeaux secret et insolite : la face cachée du port de la lune, Ed. Les Beaux Jours, 2017.
PHILIPPE PRÉVÔT, RICHARD ZÉBOULON (photo.), Bordeaux petits secrets et grandes histoires : guide du promeneur curieux, Ed. Sud-Ouest, 2020.
Guy DEVAUX, Sylvie ARLÉRY¹ « Un pharmacien spécialiste à Bordeaux au XIXe siècle, Marie Victor Julien Lechaux (1840-1900) », Revue d’Histoire de la Pharmacie, 2014, p.237-250.


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