Bordeaux

La Femme comme champ de bataille à La Lucarne

28 juin 1914 : Attentat de Sarajevo par un jeune bosniaque de Serbie déclenchement de la première guerre mondiale. Septembre 1938 : le 3 ème Reich s’empare du territoire des sudètes et le démembre. Deuxième guerre mondiale, pacte de Varsovie, fin de l’URSS, achèvent de redistribuer la carte de ces confettis qui constituent la péninsule balkanique, miettes des empires austro-hongrois, russe et ottoman. La pièce de l’auteur roumain Matéi Visniec très politique, s’ouvre sur ce questionnement terrible : « est-ce que les groupes ethniques qui n’ont jamais eu de pays sont plus exposés que d’autres au nationalisme et aux pulsions suicidaires, aux pulsions d’emprise, aux pulsions d’agression, aux pulsions de destructions ? » Nous sommes en 1990 dans un hôpital de Landau en Allemagne pendant la guerre de Bosnie …
En bord de scène, Kate Mc Noil, psychanalyste s’interroge, interpelle. Elle dissèque minutieusement les mécanismes de la guerre et de la violence. Elle décrit le viol comme un instrument stratégique souvent utilisé par les combattants pour humilier leurs ennemis. Derrière elle, un damier posé sur la scène, cerné de bouteilles de verre blanc, fragile frontière transparente autant que symbole de l’alcool très présent dans les sociétés balkaniques, au centre, une masse informe lovée en position fœtale au sein d’une couverture grise. Kate est froide, glacée, glaçante. Elle égrène ses fiches d’observation n°1 puis n°2, n°3 sans que Dorra puisse exprimer son désespoir, sa rébellion et sa violence face au viol qu’elle a subi. Petit à petit malgré tout, les rapports entre les deux femmes basculent, lors du solstice d’été, Kate apporte à Dorra un bouquet de tulipes rouge sang, seule touche de couleur vive sur la scène. Kate et Dorra, se parlent, vraiment, enfin. Lors d’une scène mémorable de beuverie, elles dansent, elles échangent des poncifs éculés sur les différentes ethnies des Balkans, « Ah les yogourts bulgares ! oui mais car il y a toujours un MAIS : les bulgares ont bulgarisé ton nom turc !  » La leçon de cette scène, respiration bienvenue dans cette pièce très dure, pourrait être : « faites de l’humour, pas la guerre » Dorra est enceinte, elle ne veut pas garder cet enfant dont le père est son violeur. Kate, elle, lui propose de rentrer en Amérique avec ce bébé. Deux mondes se font face l’américaine, partie à la recherche de son identité européenne, et la jeune femme des Balkans. L’Occident, l’Est. Kate se remémore ce que lui disait son grand-père Irlandais sur l’Europe : « un tas de vieilles pierres noires » oui peut-être, mais l’Europe ravale amoureusement ses vieilles pierres.
Marie Delmarès formée à l’école du Théâtre National de Chaillot est une Kate convaincante, maîtrisée, pour un personnage difficile et retenu. Clémentine COUIC promotion 2016 de l’ESTBA est une merveilleuse Dorra, elle en a la fougue, la passion, l’esprit rebelle, la vérité.
La mise en scène de Jean-Luc Ollivier, volontairement sobre et graphique souligne s’il en était besoin la force du texte. L’apparition fantomatique de l’accordéoniste Thierry Oudin qui a signé la musique de ce spectacle en ponctue de loin en loin les différents moments. Pièce coup de poing, nécessaire et poignante. Le futur de l’Europe ce sera sans doute cet enfant que Dorra va finalement garder et ce jeune arbre replanté
Dernière représentation samedi 15 Février à 19 h
Compagnie : Le Glob Jean-Luc Ollivier

Josette Discazeaux


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