Bordeaux

A l’auditorium par SARASTRO ou l’éloge de l’esprit critique

Non, tous les concerts n’atteignent pas les sommets, d’où, de la nécessité de l’esprit critique ! Depuis plus d’une décennie, une habitude, pour ne pas dire une manie, s’est développée dans les salles de concert de France, de Navarre et même du monde entier : dès la dernière note, certains se croient obligés de hurler « bravo » quand ils ne se lèvent pas pour une « standing ovation » à l’américaine.

Une telle attitude est quelquefois très justifié et la salle se joint alors aux enthousiastes précoces ; le souffle est passé sans conteste et le talent s’est imposé dans sa magique et mystérieuse alchimie ! Paul Daniel D’autres fois, il ne s’agit, pour les adeptes du « bravo » systématique, que de se convaincre d’avoir assisté, à chaque concert, au « concert du siècle », celui dont, dans vingt ans, on parlera à ses petits enfants en disant, des trémolos dans la voix : « j’y étais ! ». La crainte d’être passé à côté du génie sans doute. Naturellement, Bordeaux n’échappe pas à ce travers, figure imposée de l’époque probablement ; et pourtant je suis convaincu que les Bordelais ne peuvent être dépourvus du sens critique tant la musique est dans les gènes de notre ville. La saison 2013-2014, il faut le dire, a débuté dans des sphères très élevées avec les quatre premiers concerts de Paul DANIEL, nouveau patron de l’ONBA dont j’ai dit tout le bien que j’en pense : MAHLER et WAGNER en majesté, superbement interprétés. Mais, Paul DANIEL ne dirigera pas tous les concerts, ne serait-ce que parce qu’il a un agenda bien rempli lui conférant des obligations en Angleterre et à l’international. C’est une preuve supplémentaire de son talent. Donc, après un exceptionnel début de saison, il était presque inévitable de descendre des hauteurs au risque d’une impartialité mise à mal par la comparaison inconsciente entre l’excellence et l’ordinaire, fût-il estimable.
En vertu de ce qui précède, j’ai assisté les 30 octobre, 7 et 15 novembre à trois concerts à l’Auditorium dont je suis sorti morose…

Concert Portal
Michel PortalLe 30 octobre, Michel PORTAL avait échangé sa casquette de jazzman pour celle de musicien classique, en compagnie de ses complices du quatuor « Sine Nomine » de Lausanne. Devant une assistance moins dense qu’à l’accoutumée, le hors d’œuvre ( si j’ose dire !) nous fut servi par les « Sine Nomine » sous la forme alléchante du 15ème quatuor de SCHUBERT. Exécution honnête, sans bavure certes, mais aussi, sans passion dont j’ai eu beaucoup de mal à m’empêcher de penser qu’elle servait d’introduction au morceau suivant, le très célèbre quintette avec clarinette K 581 de MOZART, le plat de résistance ( si j’ose dire, bis) avec Michel PORTAL en « chambriste » de gala. Pour être franc, je préfère M. PORTAL en jazzman qu’en musicien classique. Il joue bien de la clarinette (mais aussi le bandonéon et le saxophone) c’est un fait, mais sa sonorité un peu boursouflée, voire ampoulée ne me parait pas en phase avec l’infinie tendresse mozartienne. Les « bravos » l’obligèrent (!) à deux bis ( dont une bluette de Tchaïkovski) que personnellement je ne lui réclamais pas !

Concert classique
Le 7 novembre, concert très « classique », MOZART ( ballet d’Idoménée), HAYDN ( concerto pour piano et symphonie n° 86) à l’exception d’une œuvre de 7 minutes du compositeur letton Arvo PÄRT, sans grand intérêt sauf de brièveté ( j’ai honte mais j’assume !) Guillaume VincentPourquoi ai-je eu l’impression, fausse sûrement, d’un concert « bouche-trou » monté rapidement à la place d’un autre programme n’ayant pu aboutir ?
-  Un chef letton peu connu ( Olari ELTS) mais jeune encore ( 43 ans) et qui peut encore s’affirmer ; après tout, il a « fait le job » vaillamment sinon brillamment dans Idoménée et la 86ème de HAYDN.
-  Un pianiste encore plus jeune ( 21 ans), Guillaume VINCENT, prometteur, ayant fort bien défendu le concert en ré majeur de HAYDN avec l’agilité nécessaire qu’il fit suivre, en bis, d’un BACH peu propice aux « hourrah » ; il apprendra vite à choisir ses « bis » que les américains appellent les « encore ». Mais voyons, mais c’est bien sûr : on a, pour ce concert, privilégié, promu la jeunesse. Si tel était l’objectif, bravo alors, il faudra les réinviter avec un programme plus « costaud ».

L’esprit du piano
Le 15 novembre, dans le cadre du 4ème festival « L’esprit du piano », sponsorisé par la fondation BNP Paribas et placé, cette année, sous le parrainage de la pianiste géorgienne Elisabeth LEONSKAJA, celle-ci donnait un récital après avoir, la veille, joué le 22ème concerto de MOZART avec l’ONBA. N’ayant pas assisté à ce concert, c’est donc du récital que je vous parlerai. Madame LEONSKAJA est de la génération des pianistes de l’ex-URSS tels RICHTER ou GUILLELS ; elle en a les caractéristiques : technique, puissance, sans en avoir eu, à mon avis, la notoriété. Elisabeth LeonskajaElle a cependant une réputation. J’ai récemment entendu E. LEONSKAJA dans le concerto de GRIEG et j’attendais avec curiosité la confirmation ou l’infirmation des impressions ressenties alors. Lisant un programme de ce récital, je m’aperçois qu’on l’a quelquefois comparée à Clara HASKIL ou à Dinu LIPATTI ( cf. Boucourechliev) qui en sont, selon moi, les antithèses.
Bref, au long de ce récital et notamment dans la sonate d’ENESCO et dans la sonate en ré majeur de SCHUBERT, j’ai souvent eu l’impression que Madame LEONSKAJA livrait un combat dont elle tenait absolument à sortir victorieuse ! Technique, oui, puissance, trop, limite brutalité. Dans RAVEL ( valses nobles et sentimentales, et DEBUSSY ( 3 préludes), j’attendais un peu d’impressionnisme, un peu de « francitude » ( quel néologisme !) et j’ai eu des exécutions sans défaut mais sans rêve. Cela n’a pas empêché Elisabeth LEONSKAJA de recevoir bravos et ovations : comme quoi la diversité des opinions en musique, ça existe, sans être pour autant iconoclaste.
Je rendrai compte du concert du 12 décembre à l’Auditorium, un grand moment, avec l’Ave Verum et le Requiem du divin MOZART.
A bientôt.

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Ecrit par Sarastro


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