Bordeaux

L’Ensemble Intercontemporain à l’Auditorium le 22 février

Ce n’était pas la foule des grands jours, ce 22 février à l’Auditorium : constat n’impliquant nulle condamnation de quelque sorte que ce soit …

Réponse au Ministre
La saison passée, l’actuelle Ministre de la culture se plaignait que l’Opéra national de Bordeaux-Aquitaine ne jouât pas suffisamment d’œuvres contemporaines, s’attirant une réponse du Directeur général , Thierry Fouquet, pleine de bon sens, en substance : nous en jouons, preuves à l’appui, mais nous tenons compte aussi des goûts de notre public ainsi que du fait que, à tort ou à raison, les salles se remplissent moins facilement avec des programmes d’œuvres contemporaines d’où recettes aléatoires ; or, nous avons le souci de tenir notre budget et d’équilibrer nos comptes ce qui fut fait pour la saison 2012-2013. Par ailleurs, l’essentiel de nos financements est assuré localement ( Ville, CUB, Région, recettes) et si la subvention nationale nous est nécessaire, elle ne suffirait pas à permettre l’excellence de nos productions lyriques, chorales, symphoniques, chorégraphiques, reconnue unanimement.
Ensemble Intercontemporain
Le concert
Le programme distribué à ce concert comportait des analyses de plusieurs critiques musicaux et des compositeurs eux-mêmes, exégèses techniques, savantes, que je vous épargne, me disant que l’auditeur « lambda » se préoccupe peu du mode de composition et davantage de l’impression bonne, mauvaise, indifférente qu’il ressent à l’écoute des œuvres.
Ceci étant dit, ce 22 février, musique contemporaine et non des moindres ! Le tout par l’Ensemble Intercontemporain, créé en 1976 par Pierre Boulez, composé d’une trentaine de musiciens triés sur le volet et adaptant son effectif aux nécessités des œuvres à interpréter.
L’ensemble Intercontemporain, basé à Paris à la Cité de la Musique, est dédié à la musique de notre temps, à la recherche technique instrumentale, à la création et au soutien des compositeurs vivants. L’Ensemble Intercontemporain était dirigé par le chef italien Tito Ceccherini, remplaçant au pied levé Pablo Heras-Casado, souffrant.
Le programme, ce soir là, est, à mon sens, à concevoir ainsi :
-  deux compositeurs s’inscrivant dans une transition hardie XIXème/XXème siècle, Arnold Schönberg (1874-1951) et Luigi Dallapicolla(1904-1975)
-  et deux compositeurs installés, eux, dans le XXème et XXIème siècle, soit György Ligeti (1923-2006) et Yves Chauris (né en 1980).
Tito Ceccherini

Les compositeurs
Commençons par Schönberg et sa « Symphonie de Chambre » qui est d’un Schönberg première manière (comparable en cela à sa « Nuit transfigurée ») où les influences de Richard Wagner et de Gustav Malher sont sensibles. L’ouvrage, créé à Vienne en 1907 sous la direction du compositeur, écrit pour 15 instruments, clôturait notre concert dans le style de composition de Schönberg préalable à une évolution qui se concrétisera en 1912 avec son « Pierrot lunaire » de conception dodécaphonique.

Luigi Dallapicolla, compositeur italien né en Istrie sous l’empire austro-hongrois (1904), et son confrère Schönberg né sujet autrichien (1874) puis naturalisé américain, ont connu un parcours initiatique musical assez comparable ; ils se sont rencontrés, se sont appréciés, ont utilisé les mêmes techniques de composition. Luigi Dallapicolla, dont on jouait ce soir là, la «  Piccola musica notturna  » (bonjour Mozart ?), a toutefois oscillé entre un monde relativement tonal et le mode dodécaphonique. Dans l’œuvre en question, on peut dire que Luigi Dallapicolla « maintient un lien avec des sonorités et des harmonies plutôt familières » (critique Pierre Michel)
Le compositeur hongrois, naturalisé autrichien, György Ligeti, dont, pour être franc, je connais mal l’œuvre, m’est apparu, dans son concerto pour piano et orchestre, plus complexe et plus difficile d’accès que Schönberg ou Dallapicolla. Dans trois grandes colonnes du programme, György Ligeti (disparu en 2006) décortique lui-même son concerto (on n’est jamais si bien servi…) C’est assez obscur, en tout cas, pour moi. Exemple : « J’ai, dans ce concerto, mis en œuvre des conceptions nouvelles tant pour l’harmonie que pour le rythme. Lorsque l’œuvre est bien jouée c’’est à dire à la vitesse requise et avec l’accentuation correcte dans chaque « strate de tempo », elle finit, au bout d’un certain temps par « décoller » comme un avion  » Bizarre, bizarre, disait Louis Jouvet !
Hidéki Nagano
La partie de piano était tenue par M. Hideki Nagano, membre de l’Ensemble Intercontemporain, et, en tant que tel, on peut lui faire confiance quant à l’exécution de ce concerto. Difficile de dire s’il a fait toutes les notes !! Pour conclure cet article, je vous dirai quelques mots de l’œuvre de M. Yves Chauris (né en 1980) intitulée « Un minimum de monde visible ». Cette œuvre est une commande de l’Ensemble Intercontemporain dont la création a eu lieu le 11 janvier 2014. C’est, selon l’auteur lui-même, une évocation « de deux routes historiques reliant Tokyo à Kyoto ». Yves Chauris, commentant lui-même sa composition, je vous livre sa conclusion : « Si j’ai choisi de n’utiliser aucun élément directement issu de la tradition musicale japonaise, la dialectique est exprimée par « le niveau de survivance » d’un langage archaïque, mélodique, filtré, diffracté, décanté et perçu au travers d’un discours implacable et corrosif. D’une cohabitation fragile jusqu’à son phagocytage et sa disparition  » Ouf !! Voici donc ce que j’avais à vous dire de ce concert : c’est plus un résumé d’impressions qu’une critique aboutie de chaque œuvre. L’Ensemble Intercontemporain a été fidèle à sa réputation d’excellence et à sa vocation d’interprète des musiques de notre temps.

Le public présent dans la salle a fait un honnête succès aussi bien aux interprètes qu’aux compositeurs. Schönberg, Dallapicolla et même Ligeti sont entrés dans le répertoire et Yves Chauris est à découvrir. C’est le rôle des musiciens, c’est le rôle des mélomanes de faire connaître et d’écouter les compositeurs, les créateurs du temps présent.
Prochainement, je vous parlerai de Maurice Ravel, d’Olivier Messian, de Bertrand Chamayou et de Paul Daniel.

Ecrit par Sarastro


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