Bordeaux
En 1807 Napoléon doit faire franchir la Garonne à son armée, en route pour faire la guerre en Espagne. Plus de 180.000 fantassins et 45000 cavaliers vont ainsi traverser tant bien que mal le fleuve. Le 12 août 1807, Napoléon prescrit un décret pour lancer l’étude d’un pont sur la Garonne.
Un ingénieur Champenois …
Suite à la décision de l’Empereur d’opter pour un pont de bois de 51 travées, long de 550 mètres, au mois d’avril 1810, Claude Deschamps (natif de Vertus en Champagne) arrive à Bordeaux comme ingénieur et inspecteur divisionnaire des Ponts et Chaussées. Après avoir écouté les diverses propositions, il modifie le projet en cours et propose un pont avec 23 travées en bois, renforcé par des piles en maçonnerie. Le projet est accepté et la première pierre posée le 6 décembre 1812.
- Claude Deschamps
Les premiers déboires …
En 1813, dans l’impossibilité de trouver suffisamment de bois de chêne ou de pin dans la région, Deschamps propose de substituer aux arches en bois des arches en fer forgé. Un nouveau plan avec 18 arches est adopté par le Conseil des Ponts et Chaussées, Claude Deschamps jusque là simple inspecteur, est nommé « Directeur des travaux ».
La guerre en Espagne tourne au désastre, la subvention destinée à la construction du pont est engloutie par les militaires. Les problèmes vont s’amonceler …
Napoléon part en exil …
Les 23 et 27 décembre 1813, une très forte crue de la Garonne emporte six échafaudages. Le 12 mars 1814, le maire de Bordeaux Jean-Baptiste Lynch ouvre les portes de la ville aux Anglais, l’Empire s’effondre et Napoléon part en exil.
Le 23 juillet 1815, le duc d’Angoulême en visite à Bordeaux exige la démolition du pont et le renvoi des ouvriers. Arrivé dans la cité, nommé par le roi Louis XVIII, l’intendant Tournon persuade le Duc de poursuivre les travaux de cette « œuvre monumentale ».
- Pont de pierre
- CPArama, cartes postales anciennes - http://www.cparama.com/
Les finances de l’Etat ne suffisent plus …
Pour y remédier, Deschamps propose le 25 janvier 1816, de créer une société anonyme sous le nom de « Compagnie du pont de Bordeaux » alimentée par les fonds de riches bourgeois bordelais. Après une ordonnance royale acceptant cette solution, les travaux reprennent avec 2000 ouvriers.
Le projet d’arches en fer forgé se révélant fort coûteux, le 31 décembre 1818, Deschamps propose un nouveau plan avec 17 arches en maçonnerie, incluant une galerie voûtée sous le manteau. On ouvre des carrières dans la région et deux fours sont construits à la Bastide pour la briqueterie. Histoire de voir tout se compliquer encore, en janvier 1820, la Garonne gèle et le mouvement des glaces menace d’emporter les piles. En juillet 1822, le feu embrase le port de Bordeaux et s’approche du pont en construction.
- Avril 1953. Circulation des automobiles, bicyclettes et piétons sur le pont de pierre.
- ©Archives sud ouest
L’œuvre de Deschamps …
Le 25 août 1821, après avoir fourni sur le chantier de considérables efforts pour aboutir à la pose de la clef de la dernière voûte, des fêtes grandioses sont organisées. Le 30 avril 1822, une messe à la cathédrale marque la fin des travaux. L’Archevêque Charles François d’Aviau bénit le pont.
A l’actif de Deschamps, il faut ajouter les ponts de Mont de Marsan et les digues de Bayonne entre autres. Sa fille épousera Jean-Baptiste Billaudel qui deviendra maire de Bordeaux.
Claude Deschamps mourra à Bordeaux le 13 décembre 1842, il repose au cimetière de la Chartreuse.
Notons au passage que ce monument emblématique de Bordeaux, cher aux Bordelais, a été construit par un Champenois et qu’il aboutit rive gauche face à la porte de Bourgogne !!!

Ecrit par Dominique Mirassou
Recherche
Sur le même sujet
Bordeaux Gazette Annuaire
