Bordeaux
En inaugurant le club Edouard Féret, Marie-Laure Lurton a donné le ton avec une dégustation authentique et démystifiée, devant une quarantaine d’amateurs éclairés réunis le jeudi 20 octobre dans l’espace restauration de la libraire de La Comédie-Féret.
Être éditeur aujourd’hui implique de ne pas se contenter de publier des livres ou magazines. Il faut savoir créer tout un univers autour d’eux. L’équipe des Éditions Féret en est convaincue depuis longtemps de même qu’elle sait depuis tout aussi longtemps qu’il est également important d’établir un lien avec les lecteurs. Déjà dans les années Soixante était née une association des amis du Féret.
Pas question pour autant d’envisager l’organisation de salons ou dégustations géantes. En revanche pendant des années a mûri l’idée d’un cercle d’amateurs auquel seront proposées des réunions plus conviviales. Des rencontres permettant de faire découvrir des propriétaires et des crus qui ne soient pas forcément les plus médiatisés et dont les vins soient abordables.
Mais pour réaliser ce projet il faut disposer d’un local adapté. Longtemps insoluble, ce problème disparaît avec l’ouverture voici trois mois de la librairie de la Comédie-Féret par Marc Faujanet, nouveau propriétaire des éditions, l’espace le cadre se prêtant à merveille à des rencontres dégustations avec son espace de restauration.
- Marie-Laure Lurton et Bruno Boidron
Pour baptiser ce club un nom s’impose de lui-même, celui d’Edouard Féret, le grand libraire-éditeur de la fin du XIXe siècle qui façonna le « Bordeaux et ses vins » et qui parcourait la Gironde à cheval pour trouver des crus à faire découvrir.
Tout étant en place, il ne reste plus qu’à trouver le viticulteur et le cru qui vont inaugurer le club. Une décision importante, décisive même pour donner son style à l’opération. Grâce à Bruno Boidron, directeur des éditions, et à sa connaissance du monde du vin, le choix s’est porté sur Marie-Laure Lurton. Appartenant à une famille marquante du vignoble bordelais, elle suit les cours d’œnologie à l’époque où l’institut se hisse au rang de faculté. Puis elle laisse les crus classés à ses frères et sœurs pour s’occuper de deux domaines moins prestigieux mais fort intéressants ; le château La Tour de Bessan, dans l’appellation Margaux, et Villegeorge, un haut-médoc dont l’ancienneté est attestée par sa présence dans la seconde édition de Bordeaux et ses vins de 1868. Bénéficiant d’un joli terroir de graves à la limite de l’appellation Margaux.
- Un auditoire attentif
À la tête de ces deux crus depuis 1992, Marie-Laure s’attache à exprimer la personnalité des deux appellations avec cet équilibre entre la puissance et la finesse, bien dans l’esprit bordelais et d’œnologues comme le regretté Denis Dubourdieu. Pas question de faire un de ces vins bodybuildés à la mode des « flying winemakers » et autres gourous. La quarantaine d’amateurs venue à la dégustation de la librairie Féret a pu s’en rendre compte : les 2012 de La Tour de Bessan et de Villegeorge révèlent des vins déjà plaisants tout en possédant un bon potentiel, avec côté tout en finesse pour le margaux avec un bois bien fondu. Puis le magnum de 2000 de Villegeorge a permis de montrer comment l’heure d’ouverture peut jouer sur les arômes : limitée à une heure avant le service celle-ci libère des parfums de fruits noirs bien mûrs ; au bout de trois heures c’est toute la complexité du bouquet qui se révèle en faisant la part belle aux notes de sous-bois. Et dans les deux cas une même conclusion s’impose : au bout de 16 ans, ce grand millésime n’a pas dit son dernier mot. Les échanges autour d’un verre de 2006 qui ont suivi la séance ont confirmé cette impression, comme ils ont prouvé que cette première a été une vraie réussite, que va prolonger jusqu’au jeudi 3 novembre l possibilité de déguster au verre le millésime 2006 de Villegeorge.

Ecrit par Antoine Lebegue
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