Bordeaux

Portrait : Maxime Lis, designer bordelais plébiscité par l’Élysée

Installé à Bordeaux depuis 2015, le designer Maxime Lis a séduit le Mobilier National avec son fauteuil en verre « B52 ». Une création qui incarne son concept de « l’acte minimum », qui prône le respect de l’objet et une certaine curiosité.

Un concept et un fauteuil à l’Elysée

Pour atteindre le bureau de Maxime Lis, il faut d’abord gravir un escalier aérien, où des tubes d’acier ont remplacé les marches rassurantes. Une expérience qui donne le ton de son univers où le noir domine. En ce début de journée, la lumière matinale traverse les mailles de sa Sculpture Lo, immense cage d’acier qui matérialise les ondes. Perché sur des anciens containers, aujourd’hui devenus ses ateliers, le designer de 28 ans surplombe l’espace artistique « 1000 m2 ». A l’image de ce décor industriel, Maxime Lis prône la sobriété, entièrement vêtu de noir, son éternelle couette sur le côté. Dans son bureau, pièce dépouillée de tout artifice, le B52 a pris sa place aux côtés des autres œuvres de l’artiste. Ce fauteuil à bascule, entièrement conçu en verre, a été acquis en février par le Mobilier National intégrant par la même occasion la collection de l’Elysée. « C’est une forme de légion d’honneur, s’amuse le designer, cela t’inscrit dans le patrimoine. Cette authentification-là, d’une certaine façon, ça me rassure, elle me dit que je suis sur la bonne voie ».
Le B52 est l’exacte histoire de « l’Acte Minimum ». Ce concept, imaginé par l’artiste, s’appuie sur un travail plus authentique de la matière, qui se détache des tendances et des fantasmes. « Pour moi, créer un objet c’est mettre une matière sur des concepts et sur des écritures. Le travail est beaucoup plus à l’écrit que sur la façon de concevoir » explique le jeune homme qui prend un feutre noir et commence à dessiner. « Le B52, c’est finalement trois petits coups de découpe et du collage. C’est la bascule qui est là pour donner la souplesse au verre, la transparence du matériau et le rapport de l’homme à l’objet qui font le reste. »

B52
Pour élaborer son fauteuil, Maxime Lis a travaillé avec l’artisan verrier Vincent Pillet.

« Le travail du designer doit être efficace dans le temps. »

Le souhait de travailler le verre était persistant chez ce designer qui ne veut pas «  être associé à une seule matière  ». Le bois inaugure son exploration des matériaux avec un diplôme de technicien supérieur en menuiserie et designer industriel. En 2015, Maxime Lis fait partie des lauréats du concours international de création en porcelaine, reconnaissance qui lui ouvre les portes d’une résidence d’artistes à Limoges. « En apprenant la porcelaine très académique, j’ai compris que tous les matériaux avaient un intérêt fantastique et que les étapes de construction pouvaient être simplifiées avec un regard neuf ». L’Acte Minimum naît de cette observation à laquelle vient s’ajouter une curiosité et une envie de recréer du lien social. Originaire d’un petit village de Savoie, le jeune homme souligne l’importance de son éducation « respectueuse de l’objet, qui lui a également permis de rencontrer les gens et de comprendre l’importance de ce lien ».
Son concept séduit les organisateurs de la Paris Design Week qui lui proposent d’exposer dans la catégorie « Jeunes Talents ». Il signera par la suite son premier contrat avec la maison d’édition Airborne, puis s’installera à Bordeaux pour y ouvrir son atelier. « J’ai travaillé sur beaucoup de choses différentes. Des étagères, des tables, des chaises, des chausses-pieds, des brosses pour toilettes... J’aime cette variété dans le design. Le travail du designer doit être efficace en temps réel.  » Chacun de ses objets est animé par la même envie de retrouver «  la réciprocité de l’homme avec la matière  » et par extension avec la Nature. «  Il n’y a aucune injonction. C’est surtout pour questionner. Je fais juste des observations et avec mes objets j’oriente le miroir pour que le public puisse lui-même observer et saisir la chose ».

De multiples projets

Son installation Vibration avait enchanté en 2019 la place de la Bourse. Inspirée du téléphone à fil, le designer voulait matérialiser la communication. Son œuvre avait conquis de nombreux Bordelais, surpris de s’entendre à plusieurs dizaines de mètres de distance. « C’est vraiment cette sculpture qui m’a réorienté sur le but social. Je fais des œuvres pour les galeries, pour lesquelles on me remercie, mais quand tu fais ça, quand tu touches autant de gens qui ont le sourire aux lèvres, c’est magnifique. Je me suis dit : c’est ça que je veux reproduire toute ma vie ».
Si la situation sanitaire a entraîné la fermeture de nombreux salons, l’inspiration du créateur reste cependant vivace et se porte sur de nombreux projets listés consciencieusement sur un tableau. Rénovation d’un appartement bordelais, scénographies de vitrines pour de grandes marques de prêt-à-porter, pissotières.. Cette liste donne le sourire au designer. Une sculpture pour le Musée d’art contemporain de Montélimar est également en préparation. Maxime Lis l’imagine en laiton, matière en lien avec le passé du lieu qui est une ancienne caserne militaire et qui lui permet de mettre en évidence «  le contexte de paix dans lequel nous vivons aujourd’hui sur le territoire national.  » Une autre réflexion s’impose au designer à l’évocation de ce projet. « Ce qui est étrange, c’est qu’il y a une frontière administrative entre le design et l’Art. Il n’y a pas forcément de définition systématique des deux. A nous de la créer. J’adorerais par exemple travailler avec la BAG (Bakery Art Gallery) qui fonctionne en multiples car ça me permettrait de trouver des réponses pour établir cette définition. » Que le curseur soit sur le design ou sur l’art, Maxime Lis a encore de nombreuses choses à créer.

Ecrit par Salomé Lemaitre


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