Bordeaux
Le tribunal judiciaire de Bordeaux a rendu le délibéré du jugement des sept prévenu.es poursuivi.es pour « entrave à la circulation d’un aéronef ». Arrêté.es le 3 octobre 2020 sur le tarmac de l’aéroport Bordeaux-Mérignac pendant une action de désobéissance civile non-violente dénonçant la responsabilité du secteur aérien dans le réchauffement climatique, les sept prévenu.es risquaient jusqu’à 5 ans de prison et 18 000€ d’amende.
Durant leur procès le 22 février 2021, le procureur avait requis 500 € d’amende avec sursis, tandis que leur avocat, Maître Galinat, avait plaidé la relaxe des prévenu.es. Au lendemain d’une nouvelle marche historique pour le climat, la Cour a nié l’urgence climatique, déclarant les prévenu.es coupables et les condamnant à la peine requise. Le 22 février dernier, les 7 militant.es écologistes s’étaient rendu.es à la barre pour expliquer les convictions qui les ont amené.es à passer à l’action. Le témoin, Didier Swingedouw, climatologue au CNRS, avait attiré l’attention des juges : « Nous savons aujourd’hui que le dérèglement climatique est une réalité. Le rapport du GIEC établit l’origine anthropique de ce réchauffement. C’est maintenant qu’il faut réduire drastiquement nos émissions, et plus nous attendrons, moins ce sera possible ». Iels étaient défendu.es par Maître Galinat, qui avait justifié leur action par l’état de nécessité : « Nous ne comptons plus le nombre d’actions judiciaires, d’injonctions du conseil d’État, de décisions passées, de pétitions, de marches, de manifestations, de plaidoyers, d’amendements. Qu’est-ce que six minutes sur un tarmac, face à un danger global qui nous concerne toutes et tous ? ».
- Manifestation lors du procés
Le tribunal a rejeté la plaidoirie de Maître Galinat, estimant que le délit d’entrave était caractérisé et surtout, niant le caractère urgent de la crise climatique : « Le danger constitutif de l’état de nécessité doit être imminent, un péril sur le point de se produire, tel n’est pas le cas en l’espèce ». Egalement, le tribunal a estimé, de manière quasiment ironique, que l’action des militant.es n’était pas pertinente dans le cadre de la lutte contre le changement climatique : « L’action qui a consisté à empêcher un avion d’atterrir n’a pas de conséquence directe sur le réchauffement climatique, au contraire, l’avion a poursuivi son vol une dizaine de minutes supplémentaires ». Le tribunal a même défendu l’activité climaticide du secteur aérien : « la circulation des aéronefs est non seulement autorisée par la loi, elle est même protégée ». Enfin, le tribunal a remis en question le recours à la désobéissance civile pour justifier son verdict : « Le tribunal a considéré qu’en l’état, le combat climatique que vous menez les uns et les autres est susceptible de prendre de multiples formes, de multiples actions, qui sont conformes à la loi ».
- Ravalement d’une façade de député LeRM le 28 mars
Cette décision a été accueillie avec déception par les mouvements ANV COP 21 Gironde et Extinction Rebellion Bordeaux, qui déplorent le manque de courage de la Cour. Les prévenu.es et leur avocat ont choisi de faire appel. Le prochain procès, en lien avec les mobilisations du 3 octobre pour la réduction du trafic aérien, aura lieu le 24 juin au tribunal de Bobigny. Les modalités de l’événement de soutien ont d’ores et déjà été communiquées par les groupes Alternatiba Paris et Action Climat Paris, qui entendent montrer que malgré les annonces d’annulation du projet du Terminal 4 à Roissy, le secteur aérien bénéficie toujours d’une large exonération de sa responsabilité climatique d’autant que le carburant utilisé est lui aussi largement exonéré de taxes. Toute cette agitation se déroulant au moment du vote très contesté de la loi climat qui semble tout à fait insuffisante.

Ecrit par La rédaction
Recherche
Sur le même sujet
Bordeaux Gazette Annuaire
