Bordeaux
Composé de : L’Apprentissage suivi du Voyage à La Haye de JEAN-LUC LAGARCE
Mise en scène : Sylvain Maurice
Comédien : Vincent Dissez
Scène nue.
Il arrive, jean, tee-shirt, pieds nus, bras le long du corps et comme hésitant dans la lumière crue, à lancer sa première phrase.
Vincent Dissez commence alors à dévider cet étonnant journal. Il est habité en même temps que distant et comme détaché.
Il est sur son lit d’hôpital, à la fois présent et absent au monde, tout entier attentif à ce qu’il éprouve au sortir de ce coma, à ce lent et difficile retour au vivant, à cet apprentissage.
Jean-Luc LAGARCE décrit ces moments avec une précision clinique d’entomologiste, son écriture est nette, analytique et épurée, élégante et précise, tracée à la pointe sèche, mais non dénuée d’humour et d’auto-dérision.
Certaines redites volontaires ponctuent le phrasé du comédien comme autant de leitmotivs.
Les personnages qui l’entourent sont réduits à de simples initiales ou à des descriptions lapidaires « la grosse fille » pour évoquer l’infirmière … Seules exceptions « A » son ami/amour devient, à la toute fin de ses jours, « Antoine », ainsi qu’un enfant qui a su le toucher et dont il dit : « L’enfant s’appelle Charles, il porte avec sérieux son nom d’adulte ».
L’homosexualité de Jean-Luc LAGARCE est ici assumée, voire criée lorsqu’il se souvient de ses parents qui l’ont repoussé. Elle transparait davantage encore dans « Voyage à La Haye », journal de bord d’un auteur au bord du gouffre, très entouré bien qu’avide de solitude. Comme tous ceux qui se sentent condamnés, il supporte difficilement les mondanités, la frivolité et dépeint avec une plume féroce et acide, l’inanité et la pédanterie de l’Ambassadeur de France et d’un conseiller culturel.
Au lendemain de l’anniversaire de ses 37ans, de retour à Paris, il doit affronter l’annonce de sa cécité prochaine et celle de sa mort … inéluctable. Malgré un bref moment de rébellion, c’est avec un courage distancié qu’il se résout à accepter d’être soigné.
« Un jour, je reviendrai » n’est pas une pièce de théâtre, mais bien plutôt un long cri murmuré, une soif de vie avant la mort.
C’est le Théâtre, rogné jusqu’à l’épure, nu dans toute sa splendeur, un corps, une voix, un Texte, dans l’abstraction d’une scène baignée seulement de lumières …
Encore à l’affiche du TNBA jusqu’au samedi 9 octobre.

Ecrit par Josette Discazeaux
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