Bordeaux
Certainement pas les nombreux violonistes de Bordeaux et d’ailleurs qui se pressaient ce soir là à notre toute nouvelle salle de concerts ! Ceux là sont des connaisseurs avertis qui savent qu’Isabelle Faust est l’une des toutes premières violonistes mondiales. Le programme était, il est vrai, assez ardu pour certains mélomanes, et c’est ainsi que 500 auditeurs seulement ont assisté à une bien belle prestation.
Isabelle Faust, son splendide Stradivarius à la main, s’avance souriante, sûre d’elle et de son talent. La voici, seule, dans le halo de lumière que les électriciens lui ont concocté. Elle va s’attaquer à trois œuvres capitales de notre père à tous en musique, J.S. Bach.
La partita en mi majeur débute le programme, en fanfare, si l’on ose dire, grâce à ce prélude virtuose, éclatant et joyeux auquel succèdent gavotte, menuets, gigue. Isabelle Faust est au mieux de sa forme ! Elle tire de son violon la quintessence polyphonique voulue par Bach pour un instrument monodique par nature. Grâce à une technique sans failles, d’archet et de main gauche, et une rondeur de son malgré les difficultés, elle sert J.S. Bach et son écriture, pour un instrument se suffisant à lui-même. Les thèmes ressortent nettement des polyphonies qui, elles, déterminent les tonalités harmoniques. C’est encore plus vrai dans la Sonate en ut majeur, de construction plus « classique » que l’œuvre précédente, d’harmonies plus complexes et audacieuses.
- Isabelle Faust et son violon
- photo Marco Borgreve
Deux mouvements lents, un adagio douloureux et un largo sensible encadrent l’un des « monuments » du programme, la grande Fugue en ut qu’Isabelle Faust, se jouant des obstacles, interprète avec concentration et rigueur, permettant de suivre le cheminement du thème répété de la fugue, évoluant dans d’autres tonalités, enveloppé de polyphonies recherchées et fascinantes. Un grand moment de musique et de violon !
La pause vint et nous imaginons qu’elle fut la bienvenue pour l’artiste avant l’apothéose que constituait la partita en ré mineur clôturant le récital. Voici Isabelle Faust de retour au centre du cercle lumineux, fraîche comme si elle n’avait pas « dans les pattes » les 45 premières minutes du programme. Elle enchaîne, imperturbablement sereine et attentive, les quatre danses précédant ce qu’il faut bien appeler le plat de résistance de la soirée, la célébrissime Chaconne attendue par tous les violonistes présents dans la salle : 15 minutes encore de solitude pour l’artiste face à un « monument » de la musique, d’une redoutable difficulté instrumentale qui doit s’oublier pour assurer le développement architectural de ce chef-d’œuvre. Madame Isabelle Faust y accomplit des prodiges ; difficile d’en dire plus sans tomber dans le dithyrambe, ce qui ne lui plairait sûrement pas ! Les longues acclamations du public suscitèrent un bis et dirent mieux que moi : Isabelle Faust est une grande artiste !
Un mot, pour conclure, de l’acoustique de l’Auditorium. Quelques critiques se sont, semble-t-il, élevées (cf. Libération- Eric Dahan- 01.02.13). Nous les croyons prématurées. Monsieur Eckard Kahle, l’acousticien, a précisé à plusieurs reprises, et à juste titre que c’est au rythme des concerts et des expériences que se détermineront « les acoustiques » selon les configurations (orchestre, musique de chambre, solistes etc …) Quant aux concerts du 30 janvier (quatuor) et 15 février (I. Faust), j’y ai trouvé l’acoustique excellente.
Je persiste et je signe, votre Sarastro.

Ecrit par Sarastro
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