Bordeaux

Entre Moyen-Age et Renaissance : Des apparences trompeuses

L’imaginaire collectif peut-être construit de multiples façons : films, séries, livres etc. C’est ainsi que l’on rattache le Moyen-Age aux catapultes, aux châteaux forts, aux rues étroites d’une ville, sale, saturée de maisons en pans de bois. La Renaissance, elle, évoque les génies humanistes tel que Léonard de Vinci, ou encore les châteaux de la Loire, les découvertes scientifiques. Fiction ou réalité, éclaircissons ce sujet ensemble, au travers de maisons situées dans Bordeaux, et datant du XVIème siècle.

La première maison étudiée se trouve au numéro 2 de la rue Pilet, dans le quartier Saint- Michel. Ce bâtiment a longtemps été considéré comme la plus ancienne habitation de Bordeaux. En effet, sa façade en pans de bois a trompé de nombreuses personnes, l’imaginaire collectif l’emportant sur le reste, car la période médiévale a longuement été mise de côté par le monde scientifique (jusqu’à la deuxième moitié du XIXème siècle !). Grâce aux recherches récentes, nous savons que cette maison daterait plutôt du XVI ème siècle, et ce n’est pas la seule dans ce cas. Un ancien cabaret situé à l’angle de la rue du Loup et de la rue Arnaud-Miqueu présente également une charpente apparente. Ces édifices en colombages, sont parmi les derniers existants sur Bordeaux. Ils ont connu quelques modifications, ce qui est assez courant lorsqu’une façade débouche sur un cours, ou un grand axe (cours Victor-Hugo pour la maison de rue Pilet), elle devient alors une vitrine de la ville. Ces changements ont pour la plupart été effectués au XVIIIème et XIXème siècle, et incluent de construire des façades en pierre, avec un joli balcon etc. Les intellectuels de la Renaissance (Vasari en particulier), ont participé à notre vision d’un Moyen-Age obscur, ignorant, avec une architecture biscornue qui n’est pas pensée. Hors, en ce concerne ici l’urbanisme, ces grands travaux datent bien du XVIIIème et XIXème siècle. Jusque là les rues étaient étroites, encombrées et abritaient toujours des maisons en pans de bois (même cachées).

Angle de la rue Arnaud Miqueu et rue du Loup

Pourquoi cachées ? Car à partir du XVème et XVIème siècle, des édits sont prononcés afin d’éviter la propagation d’incendies dans les villes. Malgré cela, les propriétaires continuent d’utiliser le bois comme matériau principal, du fait de sa facilité d’utilisation et de sa légèreté. Mais également pour faire travailler les charpentiers, qui appartiennent à des guildes, alors très puissantes au sein du pouvoir municipal. Pour dissimuler la structure en bois, les habitants revêtent alors leur façade d’un enduit ayant l’apparence d’une matière minérale. Cependant, ceci fut pratiqué par certains, d’autres charpentes restent apparentes comme le montre les exemples précédents. La popularité de la structure en colombage et à encorbellement s’explique aussi pour d’autres raisons. D’abord, c’est un gain d’espace : la cité à partir du XIVème siècle se densifie fortement, les conflits rageant (guerre de Cent ans...), des remparts sont élevés, poussant les citadins à se réfugier. La place devenant limitée, les étages se multiplient, les familles se tassent. Aussi, les impôts étant déterminés par la surface au sol, l’habitation de plain-pied n’est pas de rigueur. Ensuite, lors d’averses, l’avancement du premier étage permet de créer un abri pour les passants. L’humidité, malgré le bois n’est pas un problème, puisque le rez-de-chaussée se compose systématiquement d’un mur de pierre. Pour résumer, la maison en pans de bois

31 rue de la Fusterie

Le XVIème siècle, période où ont été construits les exemples choisis dans cet article, se rattache à la Renaissance. François Ier et Léonard de Vinci sont en pleine collaboration, et dans le domaine de l’architecture, le regard en France est tourné vers l’Italie. Cependant, comme nous avons pu le voir certaines traditions persistent, et par le biais de deux maisons établies au 31 rue de la Fusterie (quartier Saint-Michel) et au 49 rue des Bahutiers (quartier Saint-Michel), découvrons ensemble comment peuvent cohabiter deux architectures, qui dans notre imaginaire sont placées dans deux ères différents. La première habitation daterait de 1550, hébergeant successivement un marchand, un avocat, un négociant, un chaudronnier, et enfin plus récemment l’artiste Claude Dauguet (1939-2002). La deuxième, elle, était un hôtel logeant les prévôts dans leur fonction. Les éléments tels que les murs en pignon, les fleurons (n°49), la statue de lion (n°49), se rattache à la tradition médiévale. Parallèlement à cela, les fenêtres dites « à meneaux » sont typiques de la Renaissance, ainsi que l’accentuation sur les lignes horizontales (n°31), alors très courantes dans l’architecture italienne. Ces façades expriment parfaitement la nature progressive de l’Histoire, où traditions et apports étrangers se mêlent, créant ainsi un nouvel héritage.

49, 47, 45 rue de Bahutiers

Sources :
PHILIPPE PRÉVÔT, RICHARD ZÉBOULON (photo.), Bordeaux secret et insolite : la face cachée du port de la lune, Ed. Les Beaux Jours, 2017.
ANNICK BELLEGARDE, Guide du Bordeaux médiéval, Ed. Sud-Ouest, 2019.
YOURI CARBONNIER, « Le bois contre la pierre dans la construction parisienne au XVIIIe siècle : choix économique ou choix technique ? » [article], Mélanges de l’école française de Rome, 2007, p. 261-267.
BERNARD CHEVALIER, « Le paysage urbain à la fin du Moyen Âge : imaginations et réalités » [article], Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public, 1980, p. 7-21.
LUCIEN FEBVRE, « La maison urbaine : une monographie, une méthode » [note critique], Annales, 1929, p. 292-298.


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