Bordeaux
À partir de ce vendredi, la MAP Galerie & Librairie Photographique accueille L’image de ta nature, une exposition d’Oihana Marco issue d’un long travail de co-création mené en milieu hospitalier. Présentée après une première étape au Rocher de Palmer, la série interroge la manière dont l’image peut devenir un espace de rencontre avec soi. À Bordeaux, ce projet trouve un écho particulier dans le parcours d’une artiste que certains lecteurs de Bordeaux Gazette connaissent déjà.
Entrer dans l’exposition, ralentir le regard
En poussant la porte de la galerie, le visiteur est invité à ralentir. Ici, les images ne s’imposent pas par l’effet ou la démonstration. Elles demandent un temps d’arrêt, une disponibilité. L’image de ta nature n’est pas une exposition spectaculaire : elle se présente comme un espace de dialogue silencieux entre des visages et des fragments de nature, entre ce qui est montré et ce qui se devine. Cette retenue, revendiquée par le projet, est déjà un indice de son intention : déplacer le regard, le rendre moins intrusif, plus attentif.
Un projet participatif né en milieu hospitalier
Le projet a été mené au sein de l’unité Marguerite du Centre Hospitalier de Cadillac, à l’initiative de Jean-Paul Thalus, cadre de santé de l’unité, avec la volonté d’ouvrir un espace de création à la croisée du soin et de l’expression artistique. L’image de ta nature s’inscrit dans une collaboration étroite entre l’artiste, les patients et l’équipe soignante, autour d’un travail photographique participatif interrogeant la représentation de soi et les processus de reconstruction individuelle.

- L’image de ta nature à la MAP Galerie à Bordeaux
- Exposition du 23 janvier au 9 février
© photo Oihana Marco
Déployé sur six mois, le dispositif repose sur une implication active des participants à chaque étape : choix des images, décisions de mise en scène, échanges autour des photographies produites. Le processus place les patients au cœur de leur propre représentation, depuis la prise de vue jusqu’à la validation finale des images, menée collectivement avec l’artiste et l’équipe thérapeutique.
La double exposition comme langage visuel
Au cœur de la série se trouve le principe de la double exposition. Les participants ont d’abord photographié des éléments de nature, lumières, textures, paysages fragiles, lors de longues promenades. Ces images, choisies pour leur résonance intime, ont ensuite été associées à des portraits réalisés par Oihana Marco.
Les photographies finales mêlent ainsi regard porté et regard rendu, identité intime et projection symbolique. Chaque image a fait l’objet de discussions, parfois d’ajustements, jusqu’à trouver une forme jugée juste par les personnes concernées. Cette méthode donne naissance à des portraits composites, où la figure humaine ne se suffit pas à elle-même mais dialogue avec un environnement sensible.
Une lecture possible par la psychologie et l’art-thérapie
Sans se revendiquer comme un dispositif thérapeutique au sens strict, le projet s’inscrit dans une démarche artistique et proche de l’art-thérapie. La co-création ouvre un espace où le participant peut choisir, refuser, ajuster, valider. Cette possibilité de décision joue un rôle central dans le rapport à l’image, souvent fragilisé dans les parcours de soin.
Pour certains, cette confrontation progressive à leur image a entraîné des évolutions concrètes dans la manière de se percevoir. Benoît résume ce mouvement en quelques mots simples : « Je suis beau et très fort ».
Chez d’autres, le processus a déclenché un déplacement plus profond. Nicolas raconte une expérience qu’il associe à une renaissance : « Cette expérience photo a été pour moi une résurgence de vie. […] Je me suis vu vieux avec la barbe et les cheveux longs… alors je les ai coupés et je me suis rasé la barbe pour être un homme de la ville ». Ces gestes, personnels et non prescrits, témoignent de la capacité de l’image à agir comme révélateur, non comme injonction, mais comme cheminement intime.
La MAP Galerie, un lieu en résonance
L’exposition trouve un écrin cohérent à la MAP Galerie & Librairie Photographique, devenue en quelques années un lieu identifié de la photographie à Bordeaux. La galerie défend des projets attentifs aux usages de l’image, à ses récits et à ses implications sociales, loin d’une approche strictement esthétique. Cette ligne éditoriale fait écho à l’esprit de L’image de ta nature, où la photographie est envisagée comme un espace de relation.
Oihana Marco, à la croisée de l’art et des sciences humaines
Née à Saragosse en 1977, Oihana Marco est artiste photographe, psychologue et anthropologue. Depuis plus de dix ans, elle développe des projets de photographie participative avec des publics en situation de vulnérabilité, en collaboration avec des institutions culturelles et sanitaires en Europe. Installée à Bordeaux depuis 2024, elle conçoit la photographie comme un outil d’autonomisation, de dignité et de création de liens humains.
Pour les lecteurs de Bordeaux Gazette, son nom est déjà familier : elle contribue régulièrement au magazine depuis près d’un an, apportant un regard sensible sur l’image et ses usages contemporains.
Une exposition qui s’inscrit dans un parcours

- Exposition "L’image de ta nature" au Rocher de Palmer
- Exposition photographique d’Oihana Marco
Avant son accrochage bordelais, L’image de ta nature a été présentée au Rocher de Palmer, dans le cadre d’un événement consacré à l’art et à l’inclusion. Cette circulation témoigne d’un projet pensé pour être partagé, fidèle à sa démarche initiale : inscrire l’œuvre dans un dialogue avec les publics et les territoires, sans dissocier l’image de son contexte de création.
Infos pratiques
Exposition : L’image de ta nature
Artiste : Oihana Marco
Dates : du 23 janvier au 9 février 2026
Lieu : MAP Galerie & Librairie Photographique, 13 rue du Professeur-Demons, Bordeaux
Horaires : du mercredi au samedi, 14h–18h
Vernissage : vendredi 23 janvier 2026 à partir de 17h30

Ecrit par Jean-Sébastien Dufourg
Directeur de la publication
Créateur du site web et co fondateur du magazine en 2011
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