Bordeaux

La gare de Bordeaux Saint-Jean Histoire d’une plus que centenaire 1898-1998

La gare de Bordeaux Saint-Jean, entièrement rénovée et agrandie a pour but de recevoir des milliers de voyageurs chaque jour mais depuis l’attaque du Covid 19 elle se retrouve régulièrement plus ou moins désertée.

Dans un opus introuvable aujourd’hui, à ranger au rayon des "collectors" paru en 1998 aux éditions Sud-Ouest rédigé par François-Xavier Point qui s’intitulait "La Gare de Bordeaux Saint-Jean, histoire d’une centenaire (1898 - 1998)" on retrouvait la citation de Marcel Proust : « Les gares ne font pas partie, pour ainsi dire, de la ville mais contiennent l’essence de sa personnalité. » que l’on retrouve en exergue dans "L’ESPRIT D’UNE GARE, BORDEAUX SAINT-JEAN" paru en 2017 aux éditions du Cherche Midi, citation qui existait donc déjà en exergue dans la préface du livre de François-Xavier Point qui faisait figurer en plus, une citation de Paul Morand et une citation d’Emile Zola. Cette gare, née de la passion du Chemin de Fer et de l’activité de deux hommes n’a pas vu le jour facilement et c’est par le menu que François-Xavier Point décrit en 124 pages, l’essentiel des démêlés des frères Pereire (Emile et Isaac) avec la municipalité de Bordeaux au sujet du choix de l’emplacement exact de la gare, tête de ligne de la "Compagnie des Chemins de Fer du Midi et du Canal Latéral à la Garonne". Intitulé choisi car le tracé de cette voie ferrée s’éloigne encore aujourd’hui fort peu du tracé du canal qu’il soit Latéral ou du Midi aussi bien entre Agen et Moissac qu’entre Toulouse et Agde. Ils se côtoient de très près aussi du côté du seuil de Naurouze voir à Carcassonne sans parler de Toulouse ou le canal du Midi passe devant la gare Matabiau. La première inauguration de la gare Saint-Jean a eu lieu en 1987, soit curieusement, près d’un siècle après sa mise en service, inauguration faite par Jacques Chaban-Delmas et son épouse après les aménagements pour l’arrivée du TGV. C’est néanmoins, depuis le 7 février 1855 sur une position de principe que l’emplacement de la gare provisoire en bois est fixé au plus proche du fleuve, entre la rue Peyronnet et le cours Saint Jean devenu depuis le cours de la Marne.

François-Xavier Point même s’il a participé à la rédaction de l’imposant ouvrage "L’ESPRIT D’UNE GARE, BORDEAUX SAINT-JEAN", reste le premier à avoir écrit un historique de la Gare Saint-Jean dans le détail paru aux Editions Sud-Ouest en 1998, il y a un peu plus de vingt ans, après un travail de recherche colossal lui ayant permis d’exhumer des documents inédits qui encore aujourd’hui font foi de l’histoire tourmentée et compliquée de cette gare. Il nous le rappelle en écrivant dans son ouvrage : "Jusque là, la gare Saint-Jean avait subi bien peu de modifications en 89 ans d’existence et encore moins vécu une manifestation de cette ampleur. Certes il y eut bien une petite cérémonie le 23 février 1893 mais il s’agissait en fait d’une visite officielle pour fêter l’apparition de la première partie du bâtiment destiné à l’arrivée. Cinq ans plus tard lorsque la partie affectée au départ et la halle seront achevées, ce sera dans l’indifférence générale, résultat des querelles sans fin opposant la Compagnie du Midi à la municipalité. Seule la presse s’en fera l’écho". Pour arriver à l’emplacement de cette gare qui en fait fut la troisième à Bordeaux après Ségur et Orléans, que de péripéties ! Le projet initial voulait implanter une gare sur les quais et le choix de l’emplacement entre quai de la Grave et cours Saint-Jean va être l’objet de difficiles et nombreuses tractations sinon affrontements avec la municipalité, l’empereur Napoléon III allant jusqu’à s’en mêler et donner son avis. Pour l’Histoire, il faut se souvenir que le franchissement du fleuve par le rail va s’amorcer dès 1858 avec la mise en construction de la passerelle, aujourd’hui désaffectée. Le 15 septembre 1858, les travaux débutent, dirigés par Charles Nepveu et Gustave Eiffel sur les plans de l’ingénieur Regnault avec mise en service en août 1860* qui va pérenniser en fait l’axe des lignes et le lieu exact d’implantation de la futur gare mais la aussi que de problèmes pour régler la difficulté de la desserte du quai de Paludate, altérant sa fonction portuaire et navale, encombré et coupé par le passage du chemin de fer.

Depuis le 7 février 1855 où son emplacement est localisé entre la rue Peyronnet et le cours Saint Jean, donc situé dans une partie périphérique semi-rurale de la ville, la décision de l’implantation précise de cette gare va occuper la moitié du XIXème siècle. Lors de la gare provisoire en bois, il y avait un côté arrivée et un côté départ, ce dernier se situant côté Belcier. Ce n’est que lors de la construction en dur qui va durer près de dix ans, pour remplacer le bois et la brique des bâtiments provisoires, que la façade de la gare va regarder vers le nord donc vers la ville, regroupant départ et arrivée sur la même façade, les voies s’échappant vers le sud. Ainsi ce n’est donc, dans la réalité, que 28 ans plus tard après une succession d’avant-projets, de projets et de controverses (l’idée d’une gare donnant sur le quai de la Garonne, ayant longtemps subsisté) que le projet définitif de la gare est proposé par décision ministérielle du 24 avril 1888 signé par J. Lax pour le Ministère des Travaux Publics avant qu’il ne soit modifié et définitivement avalisé un an plus tard le 15 juillet 1889, soit près de trente ans pour acter d’une décision définitive fortement influencée par l’obligation de jonction des deux lignes. Ceci démontrant la difficulté de l’affaire entre les intérêts de la compagnie des frères Pereire qui plonge vers le midi et le sud et ceux de Bordeaux préservant sa connexion à la capitale le chemin de fer ayant franchi la Garonne. La passerelle fournissait déjà une indication du sens de construction perpendiculaire au fleuve, de cette gare qui est confiée à Marius Toudoire, qui a quelques gares à son palmarès (gare de Lyon, Paris ; gare Matabiau, Toulouse), en collaboration avec l’ingénieur Choron. Elle ne sera achevée que huit ans plus tard dans la plus profonde indifférence, avec arrivée et départ du même côté vers la ville. L’extension actuelle de la gare côté Belcier ne fait que rendre un peu de son histoire à cette gare Saint-Jean.

Gare Saint-Jean bâtiment départ

Avec Paris-Montparnasse à deux heures de Bordeaux-Saint-Jean et l’importance du trafic actuel, on a de la difficulté à imaginer la longue et difficile bataille du choix de sa configuration et de sa construction qui semble évidente aujourd’hui avec sa nouvelle passerelle et ses quatre lignes d’arrivée. C’est sur fond de rivalités, que la création de la gare provisoire raye de la carte de la ville la gare de Ségur, puis la gare d’Orléans grâce à la loi du 22 juillet 1844 imposant la jonction des compagnies du Paris-Orléans et du Midi favorisant l’entreprise des frères Pereire rive gauche qui souhaitent relier les lignes vers Sète (on l’orthographiait "Cette" en ce temps là) et vers Bayonne avec la création de la passerelle et sa mise en service en 1860 qui donne effectivement la primauté d’une gare, rive gauche à Bordeaux. Il aura donc fallu quarante ans pour valider et implanter définitivement sur son lieu exact une gare en dur qui ne sera donc inaugurée qu’un siècle plus tard en 1987 après avoir subi de gros travaux à partir de 1986 avec la création du niveau -1 pour la préparer à l’arrivée du TGV qui va atteindre Bordeaux le 30 septembre 1990. Une nouvelle série de travaux sera menée à partir de 2014 pour préparer la gare à l’arrivée de la LGV avec le trajet Paris Bordeaux réalisé en deux heures et quelques minutes, la première liaison ayant lieu le 1er juillet 2017 avec sa rame véhiculant les officiels. En moins de trente ans la Gare Saint-Jean, restée identique pendant plus de 85 ans a été entièrement rénovée pour l’adapter au XXIème siècle afin de rentrer dans l’ère de la mobilité. Aujourd’hui, la gare Saint-Jean est la gare de la capitale de la plus grande région de France a déjà été reliée directement à Bruxelles par le Thalys en 4 heures en 2019. Des projets de liaison avec Londres ont été évoqués, cela impliquant une partie de gare sous douane, peut être à construire car il semble bien que le marché existe. Néanmoins la crise du coronavirus a un peu ralentit les avancées sur ces deux liaisons qui restent à l’ordre du jour une fois la crise totalement terminée car Lisea offre des sillons.
Sources :
. La gare de Bordeaux Saint-Jean Histoire d’une centenaire (1898 - 1998) François Xavier Point Editions Sud-Ouest broché 127 pages
. L’Esprit d’une gare Bordeaux Saint-Jean Fabienne Waks avec les contributions d’Hubert Bonin et François Xavier Point Editions du Cherche Midi cartonné 159 pages
. Des nouvelles récentes du quartier de la gare par François Xavier Point
* On aurait pu fêter cette année les 160 années d’existence de la passerelle !
photo d’ouverture : La gare Saint-Jean vue du Tram

Ecrit par Bernard Lamarque

Co-fondateur de Bordeaux Gazette


Recherche

Nous suivre

Vous pouvez nous suivre sur les différents réseaux sociaux ci-dessous!


Newsletter!

Recevez directement le nouvelles actualités de Bordeaux Gazette.

Et si je vous racontais...

Chapitres : 1 - 2 - 3 - 4
Chloé n’est pas ce qu’elle croit

Chapitres : 1 - 2 - 3
La chaise vide

Chapitres : 1 - 2 - 3 - 4
Querelle de voisinage

Chapitres : 1 - 2 - 3 - 4
Mascarade

Chapitres : 1 - 2 - 3 - 4 - 5
Cordélia et son fantôme

Nous suivre sur Facebook

Agenda