Bordeaux
Accompagné des cinq membres de sa famille et de ses quatre domestiques, le 14 février 1871 Victor-Hugo âgé de 69 ans, arrive en gare de Bordeaux. Tous les hôtels étant complets, la mairie lui procure un meublé au 37 rue de la Course, alors que son fils Charles est logé non loin de là, au 13 rue Saint-Maur, près du Jardin-Public.
Victor-Hugo et le maire Emile Fourcand
Dès son arrivée, le maire de Bordeaux Emile Fourcand lui demande de s’adresser à la foule, demande à laquelle l’écrivain répond : « A cette heure, je ne dois parler au peuple qu’à travers l’Assemblée. J’aime le peuple, il le sait, il me comprendra. » Victor-Hugo, follement acclamé, se retourne alors vers la foule et crie : « Vive la France ».
L’Assemblée Nationale siège au Grand-Théâtre, où le député Fourcand retrouve le député Victor-Hugo. Le 8 mars, la séance est particulièrement houleuse car l’assemblée refuse de recevoir Garibaldi, ce qui entraine la démission de Victor-Hugo qui proclame : « Il y a trois semaines, l’Assemblée a refusé d’entendre Garibaldi, aujourd’hui elle refuse de m’entendre, cela suffit. »
- Le député Victor-Hugo
Victor-Hugo et Garibaldi
Garibaldi va écrire une longue lettre à Victor-Hugo où les dernières lignes disent : « Le brevet que vous m’avez signé à Bordeaux suffit à toute existence dévouée à la cause sainte de l’humanité dont vous êtes le premier apôtre. Je suis pour la vie votre dévoué, Garibaldi. »
Alors que la fille de Victor-Hugo s’était noyée avec son mari le 4 septembre 1843, Charles, son fils, meurt le 13 mars 1871 dans le fiacre qui le conduit au Café de Bordeaux. Son corps sera rapatrié à Paris par train. En plein soulèvement de la Commune de Paris, les insurgés vont escorter le convoi funèbre jusqu’au caveau familial du Père Lachaise.
- Victor Hugo
Carnets intimes du député Hugo
16 février 1871
« L’ovation que m’a faite le peuple est regardée par la majorité comme une insulte pour elle. A ma sortie on m’a averti que la foule m’attendait sur la grande place. Je suis sorti pour échapper à l’ovation par le côté du palais (grand théâtre) et non par la façade, mais la foule m’a aperçu et un immense flot de peuple m’a tout de suite entouré en criant : Vive Victor-Hugo. J’ai crié Vive la République ….Tous y compris la Garde nationale et les soldats de la ligne, ont crié : Vive la République. J’ai pris une voiture que le peuple a suivie ».
18 juillet 1871
« L’Assemblée est une chambre introuvable, nous y sommes dans la proportion de 50 contre 700. Ils ont refusé d’entendre Garibaldi, qui s’en est allé. Nous pensons, Louis Blanc, Scoelcher et moi, que nous finirons, nous aussi, par là. La sympathie de la ville pour moi est énorme. Je suis populaire dans la rue et impopulaire dans l’Assemblée. C’est bon. »
28 février 1871
« Thiers a apporté à la tribune le traité. Il est hideux.
Le lendemain Victor Hugo parle à la tribune : « Cette paix est honteuse, infâme pour l’Allemagne qui viole le droit et abuse de la force. La honte retombe sur Napoléon III, l’homme de décembre. Je sens très bien que la France en ce moment est épuisée et défaillante. Mais je veux sauver la France de l’avenir qui lui demandera compte de son vote de la France d’aujourd’hui. Elle se plaindra d’avoir été abandonnée.
Suite au Traité négocié par Thiers, la France perd 1.447.000 hectares, 1.597.000 habitants, 1694 communes et 20% de son potentiel minier et sidérurgique.
Source : Dossiers d’Aquitaine

Ecrit par Dominique Mirassou
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