Bordeaux

Clément V et l’affaire des Templiers

Il n’a pas fallu plus de quatre vingt dix minutes à Monique Dollin du Fresnel pour tordre le cou à la mauvaise réputation de Clément V dans la sordide affaire des Templiers. Près de 700 ans après jour pour jour, il est grand temps de réhabiliter la mémoire de Clément V, seul Pape Gascon de la chrétienté qui s’est retrouvé l’otage d’un roi de France qui avait surtout besoin de renflouer ses caisses.

C’est devant un auditoire très attentif et très nombreux que Monique Dollin du Fresnel de Sciences Po Bordeaux a attaqué sa conférence dont le titre était : "Le Pape Clément V serait-il responsable de la tragédie des Templiers ?" en ouvrant sur un texte de "Les Rois Maudits" de Maurice Druon et en présentant tout d’abord les protagonistes de l’affaire à savoir : Philippe IV Le Bel, Guillaume de Nogaret, Jacques de Molay et Clément V.
Monique Dollin du Fresnel
Les protagonistes
-  Philippe IV Le Bel  : un des grands rois capétiens, fils de Louis III et petit-fils de Saint-Louis, surnommé "le roi de marbre" ou "le roi de fer" qui semble très influencé par les légistes de son entourage. Il a commencé à régner à 17 ans et est contemporain de Clément V (2 ans de différence d’âge). Premier roi à avoir réuni les états généraux en 1302 il passe pour un roi "moderne"et il est suzerain du roi d’Aquitaine qui est anglais, ceci expliquant l’absence de poursuite de Templiers en Aquitaine.
-  Guillaume de Nogaret  : on sait peu de choses de Guillaume de Nogaret sinon qu’il était originaire du Lauraguais et qu’il avait un grand père cathare. Il était professeur de droit à l’Université de Montpellier et fournissait des conseils à différents monarques. Philippe Le Bel l’a pris à son service en raison de la qualité de ses conseils juridiques, comme il s’est attaché les services de Pierre Flotte et d’Enguerrand de Marigny durant son règne. Le demi-fère d’Enguerrand de Marigny, Philippe de Marigny va jouer un rôle important dans l’affaire des Templiers.
Templiers
-  L’ordre du Temple  : fondé en 1104 et la règle fut écrite par Saint Bernard de Clairvaux avec les trois vœux monastiques de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Le nom complet c’est : "Pauvres chevaliers du Christ et du Temple de Salomon" car ils habitaient à Jérusalem à l’emplacement du temple de Jérusalem actuel emplacement de la mosquée Al Aqsa. Ils sont sous la juridiction directe du pape sans aucun intermédiaire et les évêques ou les archevêques des pays où ils sont implantés n’ont aucun pouvoir sur eux, ce qui les agace énormément.
Trois catégories d’acteurs dans cet ordre : les chevaliers habillés de blanc avec la croix rouge pattée, les sergents et la troisième catégorie, les chapelains ou sacristains, ces deux dernières catégories avaient un habit noir mais ils étaient tous d’excellents moines-soldats.
-  Jacques de Molay appelé le grand maître qui est une appellation du XVI et XVIII ème siècle car il n’y avait en fait qu’un maître par pays et lui était le maître français. Tout cela relevait d’une hiérarchie très précise et à cette époque il y avait trois ordres chevaleresques à savoir : les Templiers, les Hospitaliers (de Saint de Jérusalem) et les Chevaliers Teutoniques. Quand les Terres saintes seront perdues avec la perte de Saint jean d’Acre en 1291, tous les chevaliers des ordres restants se réfugieront à Chypre et plus tard fonderont l’Ordre de Malte.
-  Clément V  : Bertrand de Goth était natif de Villandraut, sa mère était Ide de Blanquefort, fille de Bertrand de Blanquefort qui fut Grand Maître des Templiers. Clément V fait partie des papes français de l’histoire de la chrétienté. Il fut le premier pape en Avignon (1309) après avoir été "SDF" pendant quatre ans et l’affaire des Templiers se situe pendant cette période d’errance qui l’a rendu vulnérable d’autant qu’il souffrait d’un cancer qui le faisait horriblement souffrir.
Il avait faits ses études à Agen, fait l’école de droit d’Orléans pour terminer par la faculté de Bologne ou il apprit le droit canonique. Il a l’avantage aussi de parler plusieurs langues, le français, le latin, le gascon, l’anglais et l’italien. Son début de carrière se fera comme chanoine à la cathédrale Saint André puis chapelain de Boniface VIII qui va le nommer comme évêque de Saint Bertrand de Comminges mais rapidement rappelé comme archevêque de Bordeaux de 1299 à 1305 et c’est là qu’il va acquérir par le truchement de Baillard de Goth comme prête nom une propriété aujourd’hui appelée Pape Clément et qui s’appelait le domaine de La Mothe où il séjournera quand il sera à Bordeaux et d’où il signera plusieurs "bulles papales".
Il est élu pape par un conclave qui a duré onze mois à Pérouse et où il n’était même pas présent. Il ne peut se rendre à Rome car la ville est déchirée par le conflit entre les Guelfes et les Gibelins d’où son errance pendant 4 ans.
Monique Dollin du Fresnel et Adrien Bensignor
La Genèse de l’histoire
On est à la fin du temps des Croisades qui a vu pendant près de 200 ans les templiers envoyer le tiers de la richesse de la mise en valeur des terres de 4.000 commanderies au Temple, afin d’alimenter les besoins en Terre sainte. Le quartier du Temple à Paris a été créé par des moines qui avaient pour habitude de s’implanter dans des endroits peu propices, de les assainir créant de vastes espaces qu’ils occupaient par la suite comme les Chartreux de Vauclaire qui ont créé les Chartrons à Bordeaux. A l’époque de Philippe le Bel, le Temple est devenu un vaste quartier fortifié avec sa tour, espace qui avait été conquis sur des marais par les Templiers.
A cette époque, Philippe le Bel qui avait tenté de "dévaluer la monnaie " et avait dû faire face à une révolte des parisiens dut se réfugier dans l’enceinte du Temple. Il s’est ainsi rendu compte de la richesse des Templiers et cela a particulièrement aiguisé sa convoitise car il avait toujours besoin d’argent. A cette époque les Templiers étaient les premiers banquiers de l’Europe car ils avaient inventé la lettre de change qui leur avait permis de faire fortune pendant les Croisades. Philippe le Bel qui avait déjà chassé les Lombards et les Juifs pour leur prendre leur argent a vu là une occasion de renflouer ses caisses car devant le soulèvement des parisiens, il avait du faire machine arrière. Histoire compliquée que celle de la fin des Templiers qui fait référence à l’attentat d’Anagni point culminant de la querelle entre Philippe le Bel et Boniface VIII où ce dernier avait cru bon de décréter que son pouvoir était supérieur à celui du roi de France. Cette affaire va suivre Clément V tout au long de l’affaire des Templiers ainsi que l’évocation d’une autre affaire dite du concile cadavérique qui va permettre à Philippe le Bel de faire du chantage à Clément V qui ne souhaite nullement qu’on déterre Boniface VIII pour lui faire un procès car les conséquences aurait été totalement catastrophiques pour la chrétienté.
Le mot de la fin
La liquidation des Templiers
On les a accusés d’hérésie et des pires abominations et Philippe le Bel en a profité pour en parler à Clément V, mais ce dernier n’était pas favorable à la disparition des Templiers. Il souhaitait réunir les deux ordres des Templiers et des Hospitaliers comme il n’y avait plus de Terre sainte. Philippe le Bel organise alors une grande rafle de Templiers pour le vendredi 13 octobre 1307 en ordonnant a ses "baillis" d’arrêter tous les Templiers. Cet acte de violence arbitraire met fin à un ordre original de moines-soldats, vieux de près de deux siècles, qui s’est illustré en Terre sainte et a acquis puissance et richesse, s’attirant ainsi la jalousie des féodaux et la convoitise des souverains.
Torturés les Templiers ont avoué tout ce qu’il pouvaient avoir à avouer sans pour cela l’avoir commis et pendant 7 ans de 1307 à 1314 cette histoire va empoisonner les relations entre Clément V et Philippe le Bel. A cette époque la torture était légale, sur 140 Templiers arrêtés à Paris, 25 sont morts sous la torture par le supplice de l’"Estrapade" et du "Chevalet". l’Inquisition s’étant emparée de l’affaire ils devaient donc avouer deux fois la même chose. Clément V a bien essayer de mettre le haut-là à l’affaire alors qu’il est à Poitiers mais comme les juristes de Philippe le Bel n’étaient pas à une manipulation près, l’absolution dont avait bénéficié les dignitaires du Temple de la part des envoyés du pape n’a pas été prise en compte et l’affaire ne s’est pas arrêtée là comme cela aurait du se passer.
Philippe le Bel voulait à tout prix "la peau des Templiers" pour s’emparer de leur magot et ce, malgré les commissions ecclésiastiques, alors que l’affaire était passée aux mains de l’Eglise. La commission ecclésiastique de Paris relevait de l’archevêque de Sens qui n’était autre que le frère d’Enguerrand de Marigny, Philippe de Marigny. De bonne foi les dignitaires de l’ordre dénoncent le fait d’avoir avoué n’importe quoi et se rétractant, ils sont alors condamnés comme "relaps" (parjure). Du reste un peu plus de 100 ans plus tard Jeanne d’Arc sera condamnée pour le même motif et la punition dans ce cas, c’est le bûcher. Il n’y aura pas partout des bûchers de Templiers, il y en aura à Nancy, à Carcassonne mais pas à Bordeaux car l’Aquitaine est anglaise.Sous la pression Clément V au concile de Vienne va dissoudre l’ordre des Templiers mais pas les condamner, cependant leur sort est scellé et Philippe le Bel va pouvoir s’emparer du trésor des Templiers.

Ecrit par Bernard Lamarque

Co-fondateur et rédacteur en chef de Bordeaux Gazette


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