Bordeaux
L’intitulé de la conférence du 1er mars : « De la ferme à l’œuvre d’art totale : les métamorphoses de Jean Rameau au Pourtaou » était quelque peu singulier voire énigmatique. Mais, Monsieur Eric CRON, chef du service du patrimoine et de l’inventaire, docteur en histoire de l’art, a su nous faire découvrir un personnage atypique, concepteur du Pourtaou, ancienne ferme landaise transformée en une demeure d’exception.
Jean Rameau, de son vrai nom, Laurent Labaigt, est né en 1858 à Gaas dans les Landes où ses parents étaient agriculteurs.
A 20 ans, il vient à Bordeaux, crée une revue littéraire « le Troubadour » et prend le nom de Jean RAMEAU. En 1880, il part pour Paris où il gagne le 1er prix d’un concours de poésie organisé par le journal Le Figaro. Il écrit « Poèmes Fantasques ». Il publiera près de 50 romans, 7 recueils de poèmes et de très nombreux contes, nouvelles et chroniques. Il connait une période de gloire : ses œuvres se vendent bien pendant plus de trente ans puis, il est rapidement délaissé par le monde littéraire. Poète panthéiste, naturaliste, il passe à côté de la modernité et de l’avant-garde. Il souffre de l’oubli.
Après avoir perdu son fils unique en 1916, puis sa femme en 1935, il va se cloîtrer au Pourtaou, ferme avec ses 65 hectares, qu’il a achetée en 1899 sur la commune de CAUNEILLE dans les Landes.
- Jean Rameau
A l’instar d’Edmond Rostand qu’il connut, mais avec des moyens et une capacité à s’entourer de grands talents bien moindres que ceux de la villa Arnaga, Jean Rameau développe la même ambition et dynamique créatrices. Il rêve de créer une nouvelle Arcadie. Pour ce faire, il fait appel à l’art classique mais flirte avec l’art brut. Il lance les travaux pendant sa période de gloire et s’adresse à un entrepreneur landais avec lequel il entretient des rapports exigeants. La ferme se transforme en villa italienne. Puis, dans un deuxième temps, il termine lui-même : il conçoit tout, non seulement, il dessine les éléments d’architecture accompagnés de tous les commentaires mais il crée également du mobilier.
Il entretient une relation épistolaire posthume avec son fils, l’informant de l’avancement des travaux.
De plus, il est photographe et date tous ses clichés.
Doté d’une imagination prolifique, il excelle dans l’art du détournement et assemble dans toutes les pièces des objets en tous genres faisant du Pourtaou une œuvre composite qui échappe aux canons habituels de l’histoire de l’art. Ainsi, par exemple :
La porte des Empereurs, composition triomphale d’inspiration antique
La chambre du Bon Dieu avec un rétable d’une ancienne église landaise et des tabernacles convertis en tables de nuit
Le Salon des poètes où sont disposés les bustes de Victor Hugo, Corneille, Racine…
L’accumulation d’objets côtoie une conception personnelle du décor réalisé avec un talent peu académique évoquant l’art brut mais toujours plein de poésie et d’amusement tandis que le monogramme J R rappelle ici et là qui est le maître des lieux.
Jean Rameau est également créateur de jardins et de mobilier de jardin.
Enfin, il fait bâtir La Gloriette, destinée à devenir son mausolée à l’antique. Il sculpte lui-même chacune des 14 têtes allégoriques ( 7 sages et 7 folles) qui soutiennent le balcon ceinturant le 3ème niveau sur lequel est posée la coupole, surmontée d’une lyre portant les initiales JR, qui chapeaute l’édifice. Il souhaitait y être enterré, debout, face aux Pyrénées mais il sera finalement inhumé allongé au pied du mausolée. Si la maison, le jardin et la gloriette ont été inscrits sur l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques en 1999, la conservation de cette œuvre d’art totale n’en est pas moins problématique.
Monsieur Eric CRON conclut que si le Pourtaou ne peut être étudié selon les critères traditionnels de l’histoire de l’art, il n’en demeure pas moins un univers poétique, le reflet d’une pensée originale, un refuge où Jean Rameau a convoqué ses êtres chers et essayé d’échapper à ses démons…
N.B. - Une association « Les Amis de Jean Rameau » a vu le jour en 1993 pour perpétuer sa mémoire, ses écrits et tout ce qui se rapporte à sa vie et à ses oeuvres. Son siège social est à la mairie de Gaas. Le président fondateur était le petit neveu de l’écrivain.

Ecrit par MF. Mirassou
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