Bordeaux

Institut Culturel Bernard Magrez : Je, Seth et match

Jullien Malland n’est pas un total inconnu pour l’Institut Culturel Bernard Magrez car il faisait partie des neuf artistes de Street Art présentés l’an passé et cette année il revient seul pour occuper le château Labottière jusqu’au 7 octobre.

En fait Julien Mallan a d’abord été Set au début de sa carrière pour devenir SETH aujourd’hui, pseudonyme plein de symbole car Seth est un personnage de la genèse, c’est le fils d’Adam que sa compagne, Eve lui donne pour remplacer Abel que Caïn avait assassiné. Dans le judaïsme rabbinique Seth est présenté comme l’ancêtre de l’humanité, car ancêtre de Noé ayant une nombreuse descendance. C’est peut être de là qu’est née l’intuition de ses nombreuses représentations d’enfants qui ne sont pas toujours très radieuses et ou le plus souvent il regarde ou se projette vers un ailleurs que l’on ne connait pas ou plutôt que l’on connait trop bien, fait d’un univers de béton et de bitume, souvent désespérant. Il a développé son travail dans le contexte qu’offre aujourd’hui le monde urbain, cet univers normé fait de traits et lignes le plus souvent droites et d’angles plus ou moins aigus ou obtus dans lequel il glisse la rondeur des visages d’enfants et leurs courbes gracieuses observant le monde mais laissons lui la parole : "Souvent assis et de dos, ces figures enfantines permettent à chacun de s’identifier. Ils parlent à l’enfant qui sommeille en chacun de nous. Tout aussi absents que présents, on ne sait rien de leurs états d’âme, de ce qu’ils regardent ou de leurs sentiments. A chacun d’y voir ce qu’il veut. On serait tenter de lui poser la question et vous qu’y voyez-vous ? et il en fournit la réponse entre : "une réflexion sur la globalisation et l’uniformisation imposant une culture de masse dominante basée sur la consommation qui est lui même une exposition du désastre généré pour tenter de déboucher sur une sublimation de l’imagination et de sa puissance".

Jeu de glace

Le je bien affirmé de Seth poursuit son match dont il formalise un de ses axes de la manière suivante signifiant ce que ses créations montrent : "Une exposition du désastre généré par un système de consommation déréglé et la recherche du profit à tout prix. En représentant des enfants jouant ou endormis paisiblement dans des endroits en destructions, pollués ou en ruines, je pousse le spectateur à s’interroger. Le contraste entre l’innocence des personnages représentés et le chaos environnant parle de la planète sur laquelle nous vivons. Sous la naïveté de ces représentations se cache des questionnements plus profonds sur notre mode de vie et notre monde moderne " Il mène ce combat à sa manière un peu comme Seth combat le serpent Apophis et participe donc à la bonne marche du monde dans la mythologie de l’Egypte ancienne. Bien qu’inquiétant et lié à des forces aveuglément destructrices, Seth est cependant plus un dérangeant fripon qu’un démon maléfique, du moins dans les mythes anciens. A travers ses œuvres il cherche à nous convaincre que : "Nous assistons de nos jours à un remplacement total et irréversible des dernières cultures traditionnelles par une culture de masse basée sur la consommation de masse"Il est vrai que si on a les yeux un tant soit peu ouverts, on voit bien que cette consommation de masse mène malheureusement à l’échec avec la perte de tout ce qui a fait nos originalités et qu’il est aujourd’hui nécessaire de retrouver une âme d’enfant pur séparer le bon grain de l’ivraie et Julien Mallan souligne pour justifier ses créations : "L’enfance est quelque chose qui touche tout le monde. Les enfants ont dans les yeux cet espoir et cette innocence que les adultes ont perdus". Alors le Je de SETH biblique ou égyptien ?

Ecrit par Bernard Lamarque

Co-fondateur et rédacteur en chef de Bordeaux Gazette