Bordeaux

Bordeaux : Le loupé de Gambetta

Elles et ils sont très nombreux à penser que maintenant "Gambetta c’est moche" et c’est vrai que l’héritage Juppé nous a laissé quelques chose de bien triste et bien aseptisé à la place du petit coin charmant qui s’harmonisait avec l’ensemble des façades alentours pour le plus grand bonheur des esprits romantiques.

Dans le remarquable "Bordeaux Jardins" de Philippe Prévôt aux Editions du Festin sous le titre du chapitre "Square Gambetta" on peut lire : " Au décor très minéral voulu au XVIIIème siècle par l’Intendant Tourny et l’architecte Portier s’ajoute au XIXème siècle, un jardin destiné à répondre au souhait des bordelais qui se plaignent de l’atmosphère brulante de cette place pendant les longues journées de chaleur et de sécheresses " comme quoi le Bordeaux minéral agaçait déjà sérieusement la population du XVIIIème siècle comme celle d’aujourd’hui. On lit ensuite "La municipalité d’Antoine Gautier décide alors de la création d’un square sur le modèle Haussmannien, en privilégiant, les ombrages, la fraicheur des gazons, la circulation d’eau et l’établissement de larges et sinueuses allées. Pour ce projet, le Conseil Municipal sollicite une contribution financière des riverains". Pour cette triste transformation réalisée il y a peu, ce sont certains riverains qui ont mis à contribution la Municipalité pour que cette transformation s’opère. Suivent dans l’ouvrage, deux passionnants paragraphes intitulés "Une oasis en cœur de ville", oasis aujourd’hui disparue et "Savoir-faire horticole" ou l’on apprend que les marronniers sacrifiés pour cette sinistre réalisation d’un goût pour le moins douteux et peu champêtre avait été planté en 1950 et on y trouve la conclusion suivante : " petit pont, pelouses galbées derniers témoignages de l’esthétique du XIXème siècle feront les frais de ce nouvel aménagement " (ceci restant le commentaire de l’auteur et comme on le comprend). On lui fait grâce de ne pas avoir entraperçu le massacre des dix-sept marronniers de plus de soixante ans qui y ont laissés leurs branchages et leur tronc pour permettre un meilleur passage aux voitures, ce qui reste à prouver.

L’esprit n’y est plus !

Comment avait été conçu ce jardin qui tenait tant au cœur des bordelais et qui a sans nul doute envoyé au tapis la municipalité sortante avec cette exaction de la coupe des platanes. Cet oasis au cœur de la ville avait pris naissance dans l’imagination du paysagiste Eugène Bülher mais la municipalité après dix ans de réflexion va choisir le projet de l’ingénieur en chef des travaux publics de la ville Louis Lancelin inspiré du square des Batignolles à Paris avec des allées sinueuses. A l’origine le jardin était fermé par des grilles ce qui donnait envie de pénétrer dans ce lieu privilégié mais avec l’évolution du temps ce square s’ouvrira vers l’extérieur et les grilles disparaitront en 1933, remplacées par un alignement de marronniers renouvelés en 1950 et c’est cet alignement côté ouest qui a fait les frais de la mise en place de cette "mocheté" moderniste qui a volé l’âme de cet oasis au cœur de la ville. Heureusement l’agence d’architecture ne s’en est pas pris aux plantations protégés de Gambetta mais ce n’est surement pas l’envie qui leur en manquait et de plus pourquoi aller chercher à l’étranger des personnes qui n’ont aucune culture de l’âme bordelaise ? On ne verra plus à la belle saison fleurir les corbeilles florales, quand à la petite fontaine qui alimentait le plan d’eau disparue, c’est du passé. Les rives en pentes douces ou l’été certains venaient prendre le soleil ou s’offrir un déjeuner sur l’herbe, oubliées. Maintenant on devra se contenter de quelques mètres carrés de gazon dénudé, sans la moindre présence florale et sans fraicheur pour offrir une halte pas forcément agréable aux touristes (quand ils reviendront !) au centre de Bordeaux plus minéral que jamais.

Le minéral a encore gagné du terrain

Aujourd’hui donc pour le bordelais amoureux de son environnement, il ne reste plus grand chose de ce merveilleux endroit que fut la place Gambetta car encore une fois le minéral a pris le pas sur le naturel et le végétal, d’où absence de fleurs, absence du petit ruisselet balbutiant la fraîcheur, plus de petit pont, plus de reflets d’eau, sinon celle qui tombe du ciel sur la tète des passants, un carnage cette réalisation. On se demande comment une hérésie pareille a été acceptée en plein centre de Bordeaux avec son gazon ras, la plate servilité du lieu gonflé de deux stupides monticules. Il y a fort à parier que l’attractivité du lieu ne fasse pas foule, à moins que quelques sans logis viennent y planter la tente et ce serait la seule gloire que pourrait en tirer les concepteurs car le sol ne montre plus aucun galbe. L’effort de revégétalisation de la municipalité va trouver dans cet endroit un magnifique terrain de remise en fleurs et de possibilités de remaniements comme on peut observer la création à l’angle de la rue des Ayres et de la rue Paul Bert, encore une rue que certains demanderont à ce qu’elle soit débaptisée après avoir réglé le sort de l’appellation de l’école du même nom, ce qui n’est surement pas pour demain, on vit une époque bien étrange. En attendant remettre des fleurs et un petit plan d’eau voire une petite fontaine, serait déjà un minime remaniement sympathique sur cette platitude affligeante venue d’ailleurs qu’on pourrait prendre pour un green de golf où il manque les trous.

Bordeaux Jardins Parcours en ville
Philippe Prévôt
Guide Le Festin
Editions Le Festin
112 pages
14,50 €
ISBN 978-2-36062-165-1

Ecrit par Bernard Lamarque

Co-fondateur de Bordeaux Gazette


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